Andrei Scrima
Andrei ou André Scrima, théologien, philosophe et membre du clergé roumain, a traversé le XXe siècle, comme tous ses congénères d’ailleurs, muni de sa foi chrétienne, de ses études et de son expérience, essayant de rendre le monde meilleur.
Steliu Lambru, 21.06.2026, 10:48
Né en 1925, il est mort en l’an 2000, dernière année du siècle le plus mouvementé de l’histoire. Il a étudié la philosophie et les lettres, mais il a intégré le cercle spirituel-religieux appelé « Rugul aprins / Le Buisson ardent» constitué au monastère Antim de Bucarest. C’est là qu’il choisit de se dédier à la vie monacale. En 1956, il se voit accorder une bourse d’études à Genève et quitte la Roumanie. Il devient un adepte actif de l’œcuménisme et participe au Concile Vatican II en tant que représentant du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Après la chute du régime communiste en 1989, André Scrima revient en Roumanie en 1991.
André Scrima – un ami exceptionnel
Ioan-Alexandru Tofan, professeur des universités à la Faculté de philosophie de l’Université « Al. I. Cuza » d’Iași, a consacré à André Scrima un grand nombre d’études, articles et livres. Lors de la commémoration du théologien, il a raconté son rapprochement de la vie et de l’œuvre de Scrima. « J’ai aussi essayé de rencontrer ceux qui avaient connu le père Scrima et de collecter leurs témoignages lorsque le temps était venu d’écrire sa biographie. J’ai été frappé par une chose : quand ils racontaient leur rencontre avec le père Scrima, ils disaient tous qu’il était un ami exceptionnel, qu’il avait la vocation de l’amitié, mais que cette amitié était assez particulière, puisqu’il avait l’habitude de disparaître très souvent. Il disparaissait tout simplement pendant une conversation, pendant une relation, il se retirait à un certain moment et il disparaissait pour éviter que ladite relation ne se fige. Son collaborateur à l’Institut d’Etudes islamo-chrétiennes de l’Université Saint Joseph de Beyrouth s’interrogeait dans une lettre quand le père Scrima allait y retournait pour tenir ses cours. »
L’amitié – une valeur à laquelle il avait voué sa totale confiance
Pour André Scrima, l’amitié a été une valeur humaine particulièrement importante, à laquelle il avait voué sa totale confiance. Track 2: « J’ai voulu voir alors comment je pourrai comprendre sa façon de concevoir l’amitié ? Celle-ci, telle que le père Scrima la vivait, avait les traits et les marques distinctives de l’expérience spirituelle, de sa manière de comprendre cette expérience. Des fois, il emploie le mot amitié, mais il utilise aussi parfois celui de fraternité. Dans un texte d’archives il écrit : « Antimul », – il s’agit du mouvement « Rugul aprins » -, était pour nous une île de confiance, ce qui nous remplissait d’un extraordinaire sentiment de paix. C’était un espace d’échanges libres, où l’on pouvait résister dans les profondeurs car nous avions l’intuition, la perception des hauteurs ultimes. Nous résistions à travers l’attitude de confiance, à travers les profondeurs que l’on appelle essentiellement amitié. » Voilà donc qu’il emploie ce terme, sur lequel il réfléchit longuement. Et puis, il écrit également un texte assez connu, sur l’arrivée du docteur Voiculescu, un hommage rendu le jour de la Résurrection du Christ de la part d’un ami qui avait connu la mort. »
La valeur spirituelle du mouvement
La mobilité, le mouvement, est quelque chose de définitoire pour l’être humain matériel. Scrima a pourtant insisté aussi sur sa valeur spirituelle. Ioan-Alexandru Tofan précise. Track 3: « L’aspect essentiel de la description de l’expérience spirituelle, aspect qui se reflète également sur sa façon d’être un ami, est la question de l’itinérance. Le père Scrima était quelqu’un d’itinérant, un personnage pour lequel le nomadisme, plutôt que la stabilité, était une marque de la rencontre avec la transcendance. Il n’est possible de rencontrer l’Autre, l’Autre radical, que si tu te trouve toi-même dans une mobilité, dans un mouvement. Dans son formidable discours « L’expérience spirituelle et ses langages », tenu à Beyrouth, à Saint Joseph, il parle de ce qu’est l’itinérance comme élément essentiel dans un fait spirituel et il affirme que Dieu ne vient jamais dans un espace entouré de murs. Il vient sous une tente, comme il l’avait fait au début de sa rencontre avec l’Homme. C’était une tente secoué par le vent, dans un provisorat de ta propre position. Il faut être ouvert au mouvement afin de répondre à la rencontre avec les Cieux. »
Entre deux hommes, un troisième prend forme
Associée à l’amitié, l’hospitalité a elle-aussi été une valeur humaine importante pour André Scrima. Track 4: « L’hospitalité est une marque essentielle de l’expérience spirituelle ; elle est en fait une façon d’exister de l’amitié avec l’Autre, être hospitalier envers l’Autre, l’accueillir. Le père Scrima dit que seul le nomade peut être véritablement hospitalier car il ne donne rien de ce qu’il a, de ce qui lui appartient. Le nomade agit en sorte que l’amphitryon et son hôte se nourrissent du même fait, qui rend visible le troisième, mais l’homme qui se trouve entre ces deux-là. Chaque relation dyadique, spirituelle, est en réalité une relation triadique. Entre deux hommes, un troisième prend forme, c’est l’Esprit qui leur crée la possibilité de se rencontrer. »
Un grand oeucuméniste
André Scrima considérait que l’œcuménisme était complémentaire à l’amitié. Ioan-Alexandru Tofan explique. « La manière dont le père Scrima a compris la rencontre, ou l’œcuménisme, est également amicale, comme une expérience de l’amitié. Il affirme quelque part que l’unité des Eglises ne doit pas être créée, car elle existe déjà et il faut la redécouvrir. Le Concile Vatican II est un concile herméneutique, car la seule que nous avons à faire, c’est-à-dire l’Eglise orthodoxe et l’Eglise romaine-catholique, ou l’Orient et l’Occident, est de parler davantage, redécouvrir les données originaires, primaires, où nous étions déjà ensemble. Il s’agit donc de redécouvrir l’être ensemble et non un fait en ce sens. Moi, je dirais que cette contribution à la compréhension du dialogue inter-religieux est une autre forme d’amitié. Elle porte les mêmes marques portées par ses amitiés, disons, privées, des marques portées, au fait, par l’expérience spirituelle en général. »
André Scrima est une référence pour l’histoire du phénomène religieux roumain au XXe siècle. Son modèle est celui de l’érudit activement présent dans le monde de son temps. (Trad.