Les bracelets en or du patrimoine du Musée national d’histoire de la Roumanie.
L'État roumain n'a réussi à récupérer que 14 bracelets de ce type.
Ion Puican, 14.06.2026, 10:21
Figurant parmi les objets les plus spectaculaires de tout le patrimoine culturel roumain, les bracelets daces font la fierté du Musée national d’histoire de la Roumanie (MNIR). Des spirales massives, forgées à partir d’une seule barre d’or, ornées de palmettes et de têtes d’animaux stylisées, ces objets proviennent tous d’un seul site : Sarmizegetusa Regia, dans la région des monts Orăștie, à proximité de l’espace sacré situé en haut de la colline de Grădiștii, au cœur du royaume du roi dace Décébal.
14 bracelets en or récupérés
Cristiana Tătaru, responsable du département de Numismatique et Patrimoine historique du MNIR, nous parle de ces bracelets :
« L’État roumain n’a réussi à récupérer que 14 bracelets de ce type. Les 13 premiers ont été trouvés entre 2007 et 2013, et le 14e en 2025. Au risque d’être subjective, je peux dire que ces bracelets royaux daces en or figurent parmi les objets les plus importants de l’exposition « Trésor historique ». Car on ignorait complètement leur existence jusqu’au début des années 2000, malgré toutes les fouilles archéologiques menées sur les sites daces à l’époque communiste. Même si l’on connaissait depuis le XIXe siècle l’existence de tels bracelets daces en Transylvanie, en Oltenie et en Muntenie, la surprise suscitée par la découverte de ces objets en or fut immense et amena beaucoup de gens à penser qu’ils n’étaient pas authentiques. »
L’or dace
À propos du mythe de l’or dace, Cristiana Tătaru affirme:
« Il est important de relier l’histoire de ces bracelets daces au mythe de l’or dace. On dit que l’armée romaine dirigée par Trajan aurait emporté de Dacie 1 350 tonnes d’or et 3 310 tonnes d’argent. Apparemment, les chiffres étaient bien inférieurs, il s’agirait en réalité de 135 tonnes d’or et 331 tonnes d’argent. Il n’empêche que l’or dace a fasciné de nombreux esprits et a fait l’objet de nombreuses discussions. Dans un contexte où, durant les fouilles archéologiques menées au cours des deux derniers siècles, très peu d’objets en or ont été retrouvés. »
Des bracelets utilisés dans le cadre des rituels
Selon la police, au moins vingt-quatre bracelets de ce type ont été découverts à l’aide d’un détecteur de métaux et dérobés. Cristiana Tătaru nous donne plus de détails sur cette découverte :
« Je pense et je crois que l’histoire des bracelets royaux en or devrait être connue du plus grand nombre de Roumains, notamment en raison de leur destin très mouvementé. Ils ont été découverts entre 1999 et 2001, lors de fouilles illégales. Selon les chefs d’accusation et les témoignages de ceux qui ont découvert ces objets et qui les ont exportés par la suite illégalement hors du territoire roumain, ce sont plus de 24 bracelets qui ont été trouvés sur cinq sites cachés à proximité de la citadelle de Sarmisegetuza Regia. Cela nous pousse donc à croire que ces bracelets sont davantage des offrandes que des trésors cachés censés être récupérés plus tard. Ils ne présentent aucune trace d’usure. Il est fort probable que les Daces les aient fabriqués et enterrés immédiatement, dans le cadre d’un rituel. Ce qui est étonnant, je dirais, c’est que ces bracelets massifs en or, très lourds, n’ont été découverts que dans la région de Sarmisegetuza Regia ; il est donc possible qu’ils aient été utilisés uniquement par la famille royale ou par les prêtres, par ceux qui officiaient les services religieux. »
Des bracelets en or massif
Ces bracelets sont des objets impressionnants, dont le poids varie entre 600 g et près de 3 kg. Cristiana Tătaru, du MNIR, nous parle de leur valeur artistique et de la manière dont ils ont été fabriqués :
« Il ne faut pas négliger les motifs qui ornent ces bracelets. A première vue, ils ne sont que de simples spirales, aux extrémités en forme de têtes de dragon, que l’on pourrait classer en deux catégories : les dragons dont le corps est orné d’écailles et les autres bracelets, décorés de lignes ondulées suggérant qu’ils seraient recouverts de fourrure. Les bracelets daciques nous apprennent beaucoup sur les techniques utilisées par la communauté dace qui vivait dans les monts d’Orăștie. Et d’une certaine manière, il serait intéressant de comparer ces bracelets avec les objets de parure hellénistiques grecs, utilisés par les Daces. Découverts en nombre significatif sur les sites daces, en raison des contacts que cette population entretenait avec les cités grecques du littoral de la mer Noire, ces objets sont généralement réalisés à partir de fines feuilles de métal, ornées de différentes représentations connues à l’époque. Leur fabrication suggère que les artisans daces ont utilisé des techniques de forge. Ces bracelets ne sont pas creux à l’intérieur, ils sont réalisés en or massif, à partir de lingots parallélépipédiques. Leur longueur varie entre 1,70 et 2,88 mètres, si l’on prend la peine de les mesurer. Et les différences d’épaisseur entre la zone en spirale et les extrémités sont très faibles. Concrètement, après avoir obtenu une longue barre en or de près de 2 mètres, les artisans daces en ornaient les extrémités, leur donnant ces formes de têtes de dragon. Et ce n’est qu’ensuite, à l’aide d’un tambour, qu’ils donnaient la forme du bracelet. »
Au-delà de l’éclat de l’or, les bracelets daciques nous rappellent également la fragilité du patrimoine. Aujourd’hui, le Musée national d’histoire de Roumanie les présente au public non seulement dans ses vitrines, mais aussi sous forme de modèles numériques en trois dimensions, accessibles en ligne.