Lucian Blaga, le diplomate
Lucian Blaga est né en 1895 dans le département d’Alba, en Transylvanie, province située alors dans l’empire d’Autriche-Hongrie. Il est mort en 1961, à Cluj. Il a étudié la théologie à Sibiu, puis la biologie et la philosophie à Vienne, où il a également soutenu son doctorat en philosophie en 1920.
Steliu Lambru, 12.01.2026, 10:23
Dans la culture roumaine, le nom de Lucian Blaga est synonyme d’excellence. Les élèves découvrent son nom et son œuvre dans les manuels de langue et littérature roumaines pendant les années de lycée. « Je ne détruis pas la corolle des merveilles du monde » figure parmi les poèmes les mieux connus de la littérature roumaine et l’univers de sa création occupe une place particulière dans la culture roumaine
Lucian Blaga est né en 1895 dans le département d’Alba, en Transylvanie, province située alors dans l’empire d’Autriche-Hongrie. Il est mort en 1961, à Cluj. Il a étudié la théologie à Sibiu, puis la biologie et la philosophie à Vienne, où il a également soutenu son doctorat en philosophie en 1920. Il débute comme écrivain en 1919, à l’âge de 26 ans, influencé par l’expressionnisme. Il écrit de la poésie et du théâtre et collabore à la presse culturelle. Réfugié de Cluj à Sibiu en 1940, après la cession de la Transylvanie du Nord à la Hongrie, il est l’un des fondateurs du Cercle littéraire de Sibiu, de tendance moderniste. À Sibiu toujours, il devient professeur à l’université qui porte aujourd’hui son nom. En 1948 pourtant, la loi de réforme de l’enseignement promulguée par le régime communiste entraîne son éviction de l’université. Il revient alors à Cluj et devient bibliothécaire à la filiale locale de l’Académie de la République populaire roumaine. Parallèlement à son travail de bibliothécaire et de chercheur à l’Institut de philosophie de l’Académie, il réalise des traductions de la littérature allemande. Il était marié à Cornelia Brediceanu, fille de Coriolan Brediceanu, avocat et homme politique roumain du Banat, avec laquelle il a eu une fille, Dorli.
Une carrière dans la diplomatie
Mais au-delà de sa carrière d’homme de lettres, Lucian Blaga eut également une carrière moins connue, celle de diplomate. Aussi, à partir de 1926, il occupe des postes d’attaché culturel auprès des légations de Roumanie à Varsovie, Prague, Lisbonne, Berne et Vienne. Il endossera également les fonctions d’attaché et conseiller de presse à Varsovie, Prague et Berne entre 1926 et 1936, puis à Vienne entre 1936 et 1937. Toujours entre 1936 et 1937, il exerce la fonction de sous-secrétaire d’État au ministère des Affaires étrangères, dans le gouvernement dirigé alors par le poète Octavian Goga. La plus haute fonction diplomatique occupée par Blaga est celle de ministre plénipotentiaire (l’équivalent de l’ambassadeur d’aujourd’hui) de la Roumanie au Portugal, entre 1938 et 1939. En 1939 pourtant, le régime personnel instauré par le roi Carol II l’écarte de la diplomatie, le jugeant trop proche de l’Allemagne et des idées du parti fasciste roumain de la Garde de Fer.
Dans les archives du Centre d’histoire orale de la Radiodiffusion roumaine se trouve un entretien réalisé en 2000 avec l’avocat, traducteur et journaliste Horia Stanca, proche de Lucian Blaga dans la période de l’entre-deux-guerres :
« J’ai connu Lucian Blaga sans vraiment le fréquenter, car il était presque toujours à l’étranger. Il a d’abord été attaché de presse, puis il est devenu ministre plénipotentiaire. Ces dernières années, il était en poste à Lisbonne. Lorsqu’il est apparu comme professeur universitaire à Cluj, nous n’y étions plus, nous étions déjà installés à Bucarest. Ensuite, je suis parti à Berlin, si bien que je ne l’ai rencontré que pendant les vacances, lorsque je rentrais à Sibiu. Il s’occupait en revanche beaucoup de mon frère, Radu, qui était devenu un peu son protégé. Blaga le formait comme une sorte de successeur, il l’avait pris comme assistant. Mais finalement, Radu s’est davantage consacré à la théâtrologie et à ses poèmes. »
Un homme au caractère réservé
Horia Stanca a rencontré Lucian Blaga à plusieurs reprises, et ces rencontres sont restées mémorables. Non pas tant en raison de l’envergure intellectuelle de Blaga, mais de son caractère réservé. Horia Stanca:
« J’ai rencontré Blaga en quelques occasions. Une fois, je l’ai vu au théâtre, un soir où il y avait beaucoup trop de monde et, bien sûr, une ambiance très joyeuse, mais où il était impossible de discuter réellement. D’ailleurs, nous n’avons jamais eu de véritables conversations. Lucian Blaga n’était certainement pas un grand causeur, et c’est le moins que l’on puisse dire. Une autre fois, je l’ai croisé à Sibiu, sur le boulevard, alors que j’étais avec mon frère, Radu. Nous nous sommes installés tranquillement à une table pour prendre un verre. Deux autres amis de mon frère nous ont rejoints et nous sommes restés là, sinon deux heures, du moins très longtemps à bavarder. Mais Blaga ne disait rien. Et après, j’ai demandé à mon frère : « Mais comment se fait-il que Blaga ne dise rien ? » Et Radu m’a répondu : « Il ne dit jamais rien. Il reste simplement là et il écoute. » Je lui ai dit : « Eh bien, si nous n’avions pas parlé, nous nous serions tout simplement ennuyés. » Blaga n’était absolument pas bavard. De temps en temps, il faisait peut-être une plaisanterie, mais ses plaisanteries étaient plutôt fades. »
Homme de culture de haut vol, diplomate respecté, Lucian Blaga demeurait pourtant un personnage inédit et énigmatique pour les contemporains qui avaient l’occasion de le croiser. (Trad Ionut Jugureanu)