L’orphelinat pour ours de Roumanie
Il existe en Roumanie le Centre pour la Réhabilitation des Ours Orphelins, qui constitue le seul endroit d’Europe où les oursons qui, pour diverses causes, perdent leur mère, ont une chance de mener une vie normale dans la nature après avoir suffisamment grandi
Ana-Maria Cononovici, 27.02.2026, 10:27
Dans l’imaginaire populaire roumain, l’ours des Carpates constitue une présence fréquente dans le folklore et le calendrier traditionnel. Tout comme le loup d’ailleurs, car ces deux animaux sauvages ont des cycles de fêtes qui leur sont dédiés, des journées qui marquent les moments importants du cycle de reproduction de ces animaux et leurs périodes d’activité intense. Dans le calendrier populaire, les journées dédiées à l’ours ne manquent pas, en effet : Macavei (le 1er août), les Martin d’Automne (les 12-14 novembre), les Martin d’Hiver (les 1-3 février), le Jour de l’Ours (le 2 février) et le Samedi de l’Ours (une semaine avant la commémoration des défunts des Rameaux) constituent les dates les plus significatives. Février est par ailleurs le mois où l’ours est célébré au niveau international et cela à deux reprises. Le 2 février, lorsque, selon la tradition, l’ours sort de sa tanière, qui est devenu le jour de l’ours brun et de la marmotte, puis, le 27 février, lorsque l’on fête le jour de l’ours polaire. Et cela constitue sans doute une bonne occasion pour passer en revue la situation des ours orphelins dans notre pays. Aussi, sachez qu’il existe en Roumanie le Centre pour la Réhabilitation des Ours Orphelins, qui constitue le seul endroit d’Europe où les oursons qui, pour diverses causes, perdent leur mère, ont une chance de mener une vie normale dans la nature après avoir suffisamment grandi.
L’orphelinat des oursons
Cristian Remus Papp, Directeur National du Département Vie Sauvage et Aires Protégées du Fonds mondial pour la Nature Roumanie, détaille la situation des oursons orphelins :
« Le problème des ours orphelins est réel, et malheureusement les autorités n’ont pas de solution miracle. Il est important de savoir que, chaque année, un certain nombre d’oursons perdent leur mère, principalement à cause du braconnage. Et la majorité, surtout s’ils n’ont que quelques semaines ou quelques mois, n’ont guère de chances de survivre sans l’aide de l’homme. Et c’est là qu’intervient l’orphelinat et son rôle. En Roumanie, il existe un seul orphelinat de ce type, près de Bălan, dans le département de Harghita, et en Europe il en existe un autre, à savoir en Grèce, mais dont la capacité d’accueil est inférieure à celle de notre orphelinat. L’orphelinat roumain a pour rôle d’éduquer les oursons en lieu et place de leur mère disparue, de développer chez eux des compétences qui les aideront à survivre ensuite dans la nature, et dans cette étape l’interaction humaine avec ces oursons est presque inexistante pendant la durée d’un an et demi de leur séjour à l’orphelinat. Une seule personne leur donne la nourriture, et cela via un système de poulies et de câbles, ou à l’aide d’un drone, pour placer la nourriture à différents endroits. A la fin du programme de réhabilitation, les ours sont relâchés dans la nature, étant suivis par colliers GPS pour évaluer le succès de ce programme. Et puis, la Roumanie compte aussi le Sanctuaire d’ours de Zărnești, mais de là, les ours ne sont plus relâchés dans la nature. En pratique, les oursons qui y arrivent restent jusqu’à la fin de leur vie dans ce Sanctuaire. »
L’ours des Carpates : entre réalité et perception
Sans l’aide que les oursons reçoivent dans cet Orphelinat, ils auraient une vie triste, enfermés dans des enclos, pourraient finir dans des zoos, voire mourir. Nous avons demandé à Cristian Remus Papp, Directeur National du Département Vie Sauvage et Aires Protégées du Fonds mondial pour la Nature Roumanie, s’il n’est pas excessif de s’occuper des ours orphelins alors que notre pays semble avoir un problème avec le grand nombre d’ours qui menacent la vie des habitants des villes de montagne. Cristian Remus Papp :
« Concernant le grand nombre d’ours qu’a la Roumanie, je dirais que nous nous sommes forgé cette perception à cause des ours habitués à l’homme que l’on peut voir dans de nombreux endroits du pays, et le fait qu’ils soient présents et visibles en permanence donne en quelque sorte l’impression que nous sommes un pays envahi par les ours. Certes, les effectifs sont importants, mais entre la perception et la réalité, il existe une différence importante. Et si nous parvenions à gérer ces ours à problèmes, par exemple, d’ici quatre ou cinq ans, et qu’il n’y ait plus d’autres ours habitués pour prendre leur place, les conflits diminueraient drastiquement et l’image de la population d’ours changerait aux yeux du public. C’est la raison pour laquelle nous devons nous soucier des oursons orphelins : leur donner pratiquement une chance de devenir des ours qui restent dans les zones sauvages, loin de l’homme. En pratique, nous pouvons leur donner cette dignité que les ours habitués ne possèdent plus. »
L’orphelinat pour ours existe parce que la nature a besoin de temps pour guérir et que les animaux ont besoin d’humains qui protègent, et non qui perturbent leur habitat. Chaque geste de soutien signifie nourriture, soins, espace, sécurité et la chance d’une vie aussi proche que possible de la nature jusqu’au moment où les oursons sont prêts à affronter seuls la vie. Cristian Remus Papp :
« Les gens peuvent aider et contribuer au fonctionnement de cet orphelinat par des dons, car chaque année environ 20 ours bénéficient de ce programme de réhabilitation. C’est la capacité maximum de l’orphelinat. Et nous avons besoin de ressources humaines, de soins vétérinaires, surtout à l’arrivée des oursons orphelins, qui sont dans la plupart des cas affaiblis. Et cela inclut aussi l’approvisionnement en nourriture, qui est vital, ainsi que l’équipement pour le suivi des oursons, pendant et après leur libération dans la nature. »
L’orphelinat pour ours porte un nom significatif : Bear Again, transmettant un message d’espoir, qui fait référence à l’objectif de ce processus de réhabilitation des oursons, qui vont retourner dans la nature en exemplaires autonomes, partie indispensable de leur espèce. (Trad Ionut Jugureanu)