Bruno Mazzoni (Italie) – faire vivre la culture roumaine en langue italienne
Bruno Mazzoni est né à Naples et il est l’auteur et le traducteur en italien de plusieurs grands noms de la littérature roumaine. Il est également un fervent promoteur de la culture roumaine en Italie. Il enseigne la langue et la littérature roumaine à l’Université de Pise, après avoir été lecteur d’italien à l’Université de Bucarest et maître de conférences à l’Université de Cluj.
Hildegard Ignătescu, 20.08.2025, 10:09
Qui est Bruno Mazzoni ?
Bruno Mazzoni est né à Naples et il est l’auteur et le traducteur en italien de plusieurs grands noms de la littérature roumaine. Il est également un fervent promoteur de la culture roumaine en Italie. Il enseigne la langue et la littérature roumaine à l’Université de Pise, après avoir été lecteur d’italien à l’Université de Bucarest et maître de conférences à l’Université de Cluj.
Mais Bruno Mazzoni n’est pas un expatrié au sens strict du terme, mais plutôt un grand amoureux de la Roumanie et un des plus fervents défenseurs de la littérature roumaine en Italie. Professeur de langue et littérature roumaine au sein du Département de philologie, littérature et linguistique de l’Université de Pise, Docteur Honoris Causa de l’Université de Bucarest et de l’Université de l’Ouest de Timișoara, décoré par le président de la République italienne pour son activité de traducteur, il a également reçu un prix de l’Institut Culturel roumain pour la meilleure traduction d’un ouvrage roumain en italien. Tout récemment, il a aussi été récompensé lors de la huitième édition du Prix Anibal Caro, traditionnellement attribué aux traducteurs.
Traducteur en italien des grands auteurs de la littérature roumaine contemporaine
Bruno Mazzoni a traduit en italien les grands auteurs de la littérature roumaine contemporaine, tels Mircea Cărtărescu, Ana Blandiana, Max Blecher, Herta Müller et Cătălin Pavel. Il a publié des études sur les poètes Tudor Arghezi, Ion Barbu et Nichita Stănescu. Résidant à Rome, il revient régulièrement en Roumanie, notamment lors de festivals de littérature, dont le prochain Festival de Poésie de Bucarest, en septembre.
Nous lui avons demandé comment il s’était rapproché de la littérature roumaine, de la langue et de la culture roumaines, ainsi que de ce pays qu’il aime profondément et qu’il ne cesse de promouvoir.
Son amour pour la Roumanie
Bruno Mazzoni : « Tout d’abord, sachez que je suis très heureux que vous m’ayez convié ici, a Radio Roumanie, et je me réjouis d’être votre invité du jour. En réalité, ce n’est pas moi qui ai décidé de mon destin de roumaniste à l’âge adulte. Lorsque j’étais en première année à l’université, mon professeur de l’Université de Naples, un jeune enseignant ambitieux en philologie romane, doté d’une vision assez ouverte sur l’ensemble de l’espace roman, et pas seulement sur la France ou l’Espagne, avait pour projet de créer une école de jeunes diplômés spécialisés chacun dans une langue romane différente. C’est ainsi que lorsque j’ai commencé mes études avec lui, la seule aire linguistique encore non couverte était l’espace roumanophone. Il a vite fait de me convaincre que ce pays était crucial pour les études romanes. Selon une idée formulée par Bartoli, un grand linguiste, le monde roman ressemble à une table à quatre pieds : l’espagnol, le français, l’italien et le roumain. Ne pas apprendre le roumain, c’est avoir une vision incomplète de l’univers roman. Tandis que l’espagnol est fortement influencé par l’arabe, le français par l’allemand, le roumain est quant à lui traversé par des éléments slaves. Pour une perspective globale et cohérente, il fallait donc aussi des spécialistes du roumain. Et c’est ainsi que je suis venu pour la première fois en 1967 à Siniaïa, célèbre ville d’eaux située dans les Carpates, que j’y ai suivi des cours d’été, et dès l’année suivante, j’ai obtenu une bourse pour préparer un mémoire sur l’École transylvaine, entre idéologie et linguistique. Ensuite, j’ai appris qu’un poste de lecteur en italien se libérait à l’Université de Bucarest. J’y ai postulé et, en 1970, j’ai eu la chance d’être nommé lecteur à l’Université de Bucarest. Depuis lors, je me suis approprié la langue, mais aussi la culture et la littérature roumaines. J’ai découvert la puissance de la poésie dans un monde bâillonné, rappelez-vous c’était encore la dictature de Nicolae Ceausescu a l’époque, une période où l’on ne pouvait pas dire ce que l’on pensait librement, sans fardes. Il y avait deux vérités : celle que l’on pouvait exprimer en privé, à la maison, et celle que l’on devait dire en public. J’ai donc découvert cet univers étrange et je m’y suis profondément attaché. Bien sûr, j’ai rencontré des personnalités remarquables, pas seulement dans le monde académique, mais aussi dans le monde littéraire, de Nichita Stănescu à Marin Sorescu, en passant par des critiques comme Matei Călinescu ou Gelu Ionescu. Et peu à peu, je suis devenu de plus en plus roumaniste, bien plus que je ne l’étais en quittant l’Italie. »
Faire vivre la culture roumaine
Bruno Mazzoni a poursuivi ensuite son parcours académique à l’Université de Cluj, en tant que lecteur de langue italienne. Il s’est rapproché de l’Union des écrivains et de la revue « Echinox », véritable creuset intellectuel de l’époque. Il est devenu traducteur, le traducteur officiel de Mircea Cărtărescu en Italie, et depuis plus de vingt ans il fait vivre la culture roumaine en langue italienne. Véritable ambassadeur culturel de la Roumanie, il en est l’un de ses plus grands promoteurs à l’étranger.
Bruno Mazzoni : « 09Cela me semble inévitable : si l’on veut faire connaître une culture, une littérature encore peu présente sur un marché étranger, il est indispensable non seulement de la traduire, mais aussi d’accompagner les auteurs – lors de festivals, de colloques, de présentations de livres. C’est vrai que je me suis lancé assez tard dans la traduction. Ce n’est qu’à la fin des années 1990 que j’ai osé vraiment m’y consacrer. Le premier ouvrage que j’ai traduit, « Travesti » de Mircea Cărtărescu, est paru en Italie en 2000. Cette année, je célèbre donc mes noces d’argent de traducteur. Et je dois dire que j’ai eu cette année la joie de recevoir le prix du Mémorial d’Ipotești, lors d’un événement magnifiquement organisé à Botoșani. » (Trad Ionut Jugureanu)