Le vautour fauve de retour en Roumanie
En Roumanie, « Le Groupe Milvus » et la Fondation pour la conservation Carpathia, avec le soutien d'organisations partenaires d’Espagne, pays d'origine des oiseaux, oeuvre à la réintroduction du vautour fauve dans le pays
Daniel Onea, 06.04.2026, 13:23
Après plus de 70 ans d’absence, le vautour fauve (Gyps fulvus) revient en Roumanie. Les 25 premiers spécimens sont déjà arrivés, marquant le début d’un vaste programme de réintroduction de cette espèce dans le massif de Făgăraș à long terme. Cette initiative est menée par l’association « Le Groupe Milvus » et la Fondation pour la conservation Carpathia, avec le soutien d’organisations partenaires d’Espagne, pays d’origine des oiseaux.
Robert Zeitz, ornithologue et expert impliqué dans le projet, explique que les volières d’acclimatation, placées près de la ville transylvaine de Rucăr, représentent la première étape de l’adaptation des oiseaux à leur nouvel habitat.
« Les vautours resteront pendant environ six mois dans ces volières. Pendant cette période ils se familiariseront avec la région et le paysage des monts Făgăraș. Etant relâchés progressivement, normalement ils ne quitteront pas la zone, car ils ne perçoivent pas cette captivité comme une source de stress. Ils seront relâchés selon la méthode appelée « soft release », ce qui signifie que l’espace sera ouvert et que les oiseaux pourront voler à l’extérieur et revenir tout le temps. Il s’agit d’une méthode expérimentée, déjà appliquée avec succès dans de nombreux pays. Les oiseaux seront également équipés d’émetteurs par satellite, ce qui permettra de suivre leurs déplacements. On amènera de jeunes spécimens qui passeront leurs premières années dans notre région. Ils atteignent la maturité sexuelle à l’âge de quatre ou cinq ans, moment où ils commenceront également à nicher ici. »
Des espaces pédagogiques ouvriront leurs portes
A part leur rôle écologique essentiel de charognards qui nettoient l’environnement et préviennent la propagation des maladies, la présence des vautours fauves apporte également des avantages aux communautés locales. Par exemple dans la commune de Valea Mare Pravăț, un centre d’accueil dédié à cette espèce, intitulé « La Maison du Vautour » ouvrira bientôt ses portes. L’ornithologue Robert Zeitz souligne l’importance de ces espaces pédagogiques.
« Cet aspect est très important. Grâce aux exemples de réintroduction du bison et du castor, on a pu constater que ces centres d’information permettent aux touristes, aux familles et aux groupes d’élèves et d’étudiants de visiter la région, de poser des questions pertinentes et de repartir avec de nombreuses informations. Ces centres sont essentiels et doivent être pleinement opérationnels. On a vu, en Roumanie comme ailleurs, des centres d’information construits, sans jamais être utilisés. Nous devons être actifs, attirer le public, pour que ces espaces remplissent pleinement leur mission. »
Le développement d’un tourisme durable est donc une priorité du projet. Une fois intégré dans l’écosystème, les vautours fauves pourront être admirés tout en étant en pleine sécurité. L’ornithologue Robert Zeitz explique les règles valables pour l’interaction entre les visiteurs et cette espèce :
« On aménagera des sentiers et des points d’observation pour les aigles. Nous établirons ces endroits après que les oiseaux s’installent et nous connaitrons leurs points de repos et de nidification. Le vautour fauve est une espèce grégaire, qui construit son nid dans des colonies. Si l’observatoire est situé à une distance assez grande, il ne dérangera pas les oiseaux. Bien sûr, l’accès des personnes dans les zones non autorisées sera restreint. Les vautours fauves représentent un élément extrêmement important pour l’éducation écologique, car ils sont de grands oiseaux, visibles et imposants. Leur présence pourrait contribuer à un développement impressionnant du tourisme local. »
Le rétablissement du vautour fauve en Roumanie répare une grave erreur de l’histoire. L’espèce a été décimée au milieu du siècle dernier à cause de la chasse et des appâts empoisonnés. C’est pourquoi, à part la composante strictement écologique, ce programme offre un modèle durable de cohabitation. Enfin, le rétablissement de l’environnement est bénéfique aussi la prospérité des communautés rurales. (trad. Andra Juganaru)