La précarité énergétique
Un nouveau rapport de l'Observatoire roumain de la précarité énergétique révèle qu'il s'agit, en réalité, d'un immense défi environnemental.
Daniel Onea, 16.04.2026, 10:16
La précarité énergétique est souvent considérée comme un problème strictement économique. Et pourtant, un nouveau rapport de l’Observatoire roumain de la précarité énergétique révèle qu’il s’agit, en réalité, d’un immense défi environnemental. Et pour cause. De nombreux foyers de Roumanie consomment des ressources naturelles en excès ou ont recours à des méthodes de chauffage très polluantes en raison de la mauvaise isolation thermique de leurs logements. En fait, ce problème ne se limite plus aux populations vulnérables, mais affecte également la qualité de l’air et les efforts de la Roumanie de réduire son empreinte carbone. Les pertes importantes de chaleur dues à la mauvaise isolation des bâtiments obligent la population à consommer beaucoup plus d’énergie que nécessaire. Cette inefficacité énergétique a un impact négatif majeur sur l’environnement, en causant l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre et en entraînant une surexploitation des ressources.
Anca Sinea, coordinatrice de l’Observatoire roumain de la précarité énergétique, explique la connexion entre les revenus de la population et cette pression écologique.
« La précarité énergétique se définit, de manière générale, comme la difficulté pour les foyers d’obtenir les ressources énergétiques nécessaires à une vie quotidienne normale. Comme ce phénomène est déterminé par le pouvoir d’achat nécessaire pour se procurer de telles ressources énergétiques, il touche évidemment les catégories les plus pauvres. Celles-ci sont bien plus exposées aux crises, car leurs revenus sont réduits. Selon les données de ces dernières années, la précarité énergétique n’affecte plus seulement les ménages pauvres, mais aussi ceux aux revenus moyens. Cet aspect nous ramène aux facteurs déterminants, démontrant que le revenu n’est pas le seul facteur en cause, mais aussi les conditions de logement. Les logements mal isolés deviennent de gros consommateurs d’énergie, nécessitant une quantité d’énergie bien plus importante pour être chauffés. »
Compenser pour les pertes d’énergie
La nécessité de compenser ces pertes d’énergie est devenue une difficulté de la vie quotidienne en temps de crise. Pour faire face au froid, sur toile de fond de la flambée des prix des combustibles traditionnels, on a souvent eu recours à des combustibles inadaptés, causant une grave pollution atmosphérique, ou à la surcharge des infrastructures énergétiques. Des facteurs externes et des cas de force majeure ont mis à l’épreuve la durabilité du système. Notre invitée explique :
« Nous mesurons la précarité énergétique depuis 2018-2020 et donc nous n’avons pas encore d’image complète sur l’ampleur de ce phénomène. La précarité énergétique a connu des fluctuations en Roumanie. Certaines années ont été marquées par une forte augmentation, la pandémie et la période post-pandémique ayant été déterminantes. Cela se vérifie tant en termes de chiffres, car on a observé une explosion du nombre de cas en 2022, qu’en termes d’impact direct sur les ménages. Dans le contexte de la pandémie, la population a passé beaucoup plus de temps chez elle, constatant directement le niveau de confort, ou son absence, et ses besoins énergétiques réels. En suite, avec la sortie de la crise pandémique, c’est la crise énergétique résultant de la guerre d’agression russe en Ukraine qui a éclaté. Dans ce cas précis, le marché de l’énergie n’était pas du tout préparé. »
Les effets à long terme de cette surconsommation soulignent l’urgence de mettre en place une transition énergétique durable. Selon les experts, des programmes massifs d’amélioration de l’efficacité énergétique et de l’isolation thermique des bâtiments, aux côtés de la transition vers les énergies renouvelables, constituent les seules solutions viables.