Iași : l’église du monastère « Trei Ierarhi / Trois Hiérarques »
A Iasi, l’église du monastère « Trei Ierarhi » (des Trois Hiérarques), impressionne le regard et l’esprit par sa décoration extérieure unique, entièrement sculptée en pierre. Le monastère était le plus important centre de culture et d’imprimerie de la principauté de Moldavie. Il a abrité la première imprimerie de la principauté, où le premier livre en langue roumaine de Moldavie a vu le jour en 1643.
Ștefan Baciu, 24.07.2026, 10:51
Iași: un patrimoine architectural impressionnant
Capitale de la principauté de Moldavie durant près de trois siècles, la ville d’Iași détient un patrimoine architectural impressionnant, composé, entre autres, de bâtiments historiques et de nombreux lieux de culte. La seule zone – métropole contient de nombreux monastères et 107 églises, dont certaines sont de véritables œuvres d’art.
La partie historique de la ville inclut la Cathédrale métropolitaine, inaugurée en présence du roi Carol I de Roumanie à la fin du XIXe siècle, mais aussi l’église du monastère « Trei Ierarhi » (des Trois Hiérarques), qui impressionne le regard et l’esprit par sa décoration extérieure unique, entièrement sculptée en pierre. Trente registres de motifs décoratifs rassemblent des éléments turcs, géorgiens, arabes, persans, arméniens et roumains. Chaque ceinture en pierre est faite de modèles géométriques et végétaux distincts. Il paraît qu’à l’époque de la construction de l’édifice, ces broderies en pierre auraient été dorées et scintillaient sous les rayons du soleil.
Le complexe de bâtiments monastique est consacré aux Saints Basile le Grand, Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome, ce qui explique le nom « des Trois Hiérarques » ; le rituel de dédicace a été célébré par le métropolite Varlaam en 1639.
Le plus important centre de culture et d’imprimerie de la principauté de Moldavie
Le monastère est rapidement devenu le plus important centre de culture et d’imprimerie de toute la principauté de Moldavie. Il a abrité la première imprimerie de la principauté, où le premier livre en langue roumaine de Moldavie, « Cazania lui Varlaam », a vu le jour en 1643 ; c’était un recueil d’homélies traduites du slavon et du grec et adaptées pour faciliter leur compréhension par les fidèles. Comme les murs du monastère n’existent plus de nos jours, la beauté de l’église est visible de loin.
Une nécropole princière
Ce lieu de culte a dès le début rempli la fonction de nécropole princière, explique le prêtre guide qui nous accueille :
« Nous y trouvons les tombes du prince Vasile Lupu, de son épouse, Tudosca ou Tudosia, qui meurt malheureusement à l’âge de 39 ans, probablement en 1639, année de la dédicace de l’église ; leur fils Ioan est lui aussi enterré ici. À gauche, il y a la tombe du prince Dimitrie Cantemir, qui a régné en Moldavie entre 1710 et 1711 ; par la suite, il devient le conseiller du tsar Pierre le Grand et meurt à Moscou, sa dépouille étant ramenée en Roumanie en 1935, dans le contexte du rapatriement d’une partie du trésor national, mis à l’abri en Russie pendant la Grande Guerre ; ses ossements sont déposés dans une tombe, à l’intérieur de l’église du monastère des « Trois Saints Hiérarques », qui était un monument classé au moment de leur rapatriement et redevenu monastère en 1995. À droite l’on voit la tombe du prince Alexandru Ioan Cuza, père fondateur de l’Etat roumain moderne. »
Les reliques de Sainte Parascève y ont reposé pendant près de 250 ans
Alexandru Ioan Cuza a été élu prince régnant de Valachie et de Moldavie en 1859, ce qui a mené à l’union des deux principautés. Le 13 juin 1641 est une date particulièrement importante dans l’histoire de l’église des « Trois Hiérarques » ; c’est la date à laquelle les reliques de Sainte Parascève sont ramenées de Constantinople, à l’initiative du prince Vasile Lupu ; ces reliques se trouvent actuellement dans la Cathédrale métropolitaine.
Notre invité poursuit : « Les reliques de Sainte Parascève ont reposé au monastère des « Trois Saints Hiérarques » pendant près de 250 ans. Devant nous, il y a une iconostase dorée, sculptée en marbre de Carrare, les lourdes portes en bronze sont également dorées. À droite, l’on peut voir les trônes dédiés à la famille royale, celui du roi Carol I, celui de la reine Elisabeta, ainsi que celui du Métropolite, tous réalisés, paraît-il, dans des ateliers viennois, à la fin du XIXe siècle. Donc tout ce que l’on voit à l’intérieur date de la fin du XIXe, y compris la peinture à l’huile. Avant, il y avait eu une peinture à fresco, exécutée par des peintres venus de Moscou, sur la demande envoyée par le prince Vasile Lupu au tsar Mihail Romanov, en 1642. L’intérieur de l’église est repeint à la fin du XIXe siècle, les travaux de restauration débutent en 1893 et s’étendent sur près de 20 ans. Un nouveau rituel de dédicace est officié en présence de la famille royale en 1904. »
Une restauration par l’architecte français André Lecomte du Noüy
L’église du monastère des « Trois Saints Hiérarques » a réussi, par miracle, à rester debout, malgré de nombreux incendies et invasions étrangères, mais elle a eu besoin d’être restaurée. Le projet des travaux menés à la fin du XIXe siècle a appartenu à l’architecte français André Lecomte du Noüy. Il a reconstruit la structure mise à mal par des tremblements de terre, tout en ayant gardé les décorations extérieures ; c’est la raison pour laquelle l’église du monastère des « Trois Hiérarques » est une des grandes attractions touristiques de la ville d’Iași et de la Roumanie. (Trad. Ileana Ţăroi)