KÎZÎM
« KÎZÎM », le nouveau film réalisé par Radu Potcoava, porte pour la première fois sur le grand écran une histoire inspirée par la communauté tatare de Roumanie.
Corina Sabău, 18.04.2026, 10:39
Adapté d’un scénario signé par Elias Ferchin, acteur, réalisateur et scénariste d’origine tatare reconnu, le film marque les débuts dans lelong métrage de la jeune Yeliz Meryem Mustafa. Yeliz incarne Selda, une adolescente issue d’une famille tatare traditionnelle de Constanta (sud-est), qui souhaite profiter pleinement de ses années de lycée avec son amoureux et ses amis, mais qui doit aussi luttercontre préjugés de ses parents conservateurs et défenseurs des traditions. Le scénario d’Elias Ferchin s’inspire de son enfance dans le quartier multiculturel de Constanta, Poarta 6. L’idée a évolué progressivement, une fois que l’acteur a commencé à écrire des scénarios et à développer une histoire inspirée par la réalité de sa communauté. Elias Ferchin explique :
« Le film est également inspiré de sentiments et d’expériences personnelles, d’histoires entendues dans ma famille et ma communauté. J’ai pris un peu de chacune et j’ai essayé de construire un scénario comportant aussi des éléments liés aux traditions, que je tenais absolument à montrer, surtout lorsqu’il s’agit, du premier film sur et avec les Tatars. En Roumanie, cette communauté est très peu connue. Je connais beaucoup de gens qui n’en savent presque rien. C’était le premier niveau de mon histoire. Ensuite, je me suis concentré sur une histoire d’amour, un amour interdit entre une jeune fille tatare et un garçon roumain chrétien. C’est autour de cette relation que j’ai construit tout le scénario. »
Une histoire d’amour interdit
« Kîzîm » est à la fois une histoire sur l’adolescence, le premier amour et les conflits qui surgissent lorsque les jeunes cherchent leur chemin dans la vie, mais aussi une incursion dans un monde méconnu. Le film mêle un récit initiatique universel et un contexte culturel spécifique. L’équilibre entre les deux est essentiel pour la narration, comme nous explique Elias Ferchin:
« Je suis parti de ces deux idées qui se sont naturellement croisées au cours de l’écriture. Le passage à l’âge adulte est un sujet très intéressant. Les problèmes que nous avons mis en lumière dans le film ne sont pas nécessairement propres à cette communauté ou à ce groupe de jeunes. Bien au contraire, ils existent partout. Nous les avons intégrés de manière naturelle au scénario. Puis, grâce à la contribution de Radu Potcoava, nous avons pu nous concentrer davantage sur le groupe d’adolescents, les mettre également en avant. Car, après tout, leur génération est importante, avec toutes les erreurs, les malentendus, les problèmes et les gaucheries propres à leur âge. Nous avons voulu les montrer tels qu’ils sont, afin que nous, les parents, puissions les comprendre et réfléchir à ces choses après avoir vu le film ».
Un conflit culturel ?
Pour le réalisateur Radu Potcoavă, un défi majeur de « Kîzîm »était manière dont le récit du passage à l’âge adulte se construit au sein du contexte culturel qui le voit naître. En effet, le film ne parle pas seulement d’une communauté ou du premier amour, mais aussi et surtout de la façon dont ces deux dimensions se croisentpour raconter, ensemble, une histoire universelle. Radu Potcoavă :
« Je crois que c’était le principal point de négociation entre Elias et moi, car cet équilibre me semblait essentiel. Le film ne devait pas se limiter à la communauté tatare, ni se concentrer exclusivement sur ce récit initiatique. Il nous fallait trouver le juste milieu entre les deux histoires. Bien sûr, l’histoire du premier amour est universelle et aurait pu se dérouler de la même manière partout dans le monde. J’ai entendu de nombreux parents dénigrer le partenaire choisi par leur enfant. Je pense que c’est précisément le propos du film. Il s’agit de confiance et de communication entre parents et adolescents, mais aussi entre adolescents et parents. A mon avis, les choses fonctionnent dans les deux sens et, à mon avis, ce fait est sain. Car, voyez-vous, Selda vient d’une famille tatare traditionnelle, où les choses sont très claires, même s’il existe une petite nuance. Son petit ami, Tudor, vient d’une famille roumaine ouverte d’espritet très détendue. Et pourtant, sans rien dévoiler de l’intrigue du film, on constate à un moment donné que Tudor souffre beaucoup plus tout au long du film. En fait, quelque chose de plus dur lui arrive, plus dur que ce qui se passe avecSelda. Cela montre que même le modèle parental le plus détendu ou le plus ouvert d’esprit ne fonctionne pas toujours. »
En espérant avoir éveillé votre curiosité, avant de clôturer notre rubrique, précisons aussi que le casting prestigieux du film réunit tant de jeunes acteurs que des acteurs confirmés. A part Yeliz Meryem Mustafa, on retrouve à l’écran Judith State, Matei Saizescu, Tudor Chirilă, Amuly, Anastasia Udrea, Luca Adrian Fieraru, Tudor Milan Palade et Bogdan Farcaș.
Voilà pour cette première histoire sur la communauté Tatare de Roumanie !