Art Safari New Museum
Le pavillon d’exposition d’art Art Safari a inauguré son nouveau siège, Place Amzei, au cœur de la capitale, un quartier qui abrite également l’Ambassade de France à Bucarest et la librairie française Kyralina. Connu sous le nom de « Art Safari New Museum », le nouveau siège transforme le pavillon d’exposition en un véritable musée urbain vivant, qui encourage l’interaction entre la ville, l’art et les visiteurs.
Ion Puican et Eugen Cojocariu, 30.05.2026, 10:09
Le pavillon d’exposition d’art Art Safari a inauguré son nouveau siège, Place Amzei, au cœur de la capitale, un quartier qui abrite également l’Ambassade de France à Bucarest et la librairie française Kyralina. Jusqu’au 19 juillet, le public est attendu découvrir plusieurs expositions dont notamment une consacrée au peintre Nicolae Vermont ou une autre, qui met en lumière le grand poète national, Mihai Eminescu. Connu sous le nom de « Art Safari New Museum », le nouveau siège transforme le pavillon d’exposition en un véritable musée urbain vivant, qui encourage l’interaction entre la ville, l’art et les visiteurs.
A la tête de ce musée, Ioana Ciocan:
« Nous nous sommes installés 13, Place Amzei, dans un siège complètement repensé par l’architecte Diana Nicolae. Je voudrais saluer la Mairie du 1er arrondissement de la capitale pour son courage de transformer en musée un édifice abandonné depuis onze ans déjà. Nous y avons imaginé plusieurs pavillons, celui du musée, celui historique, contemporain et international. Tous ces pavillons offrent l’expérience d’un parcours historique, à commencer par les oeuvres de Vermont, en continuant un étage plus bas par l’exposition dédiée à Mihai Eminescu, et en finissant par l’art contemporain et les tableaux de Felix Aftene. Nicolae Vermont a une histoire particulièrement intéressante et la commissaire d’exposition, Maria Munteanu, a obtenu par l’intermédiaire de la Bibliothèque de l’Académie roumaine plusieurs documents importants censés nous permettre de mieux comprendre le parcours de l’artiste, un parcours que ses peintures reflètent très bien. Le pavillon historique propose donc, par les objets qui y sont exposés, une sorte de journal de la vie compliquée que Vermont a menée en Roumanie. L’exposition consacrée à Eminescu comporte quatre chapitres. Le premier est consacré aussi bien à des documents jamais rendus publics, appartenant à la Bibliothèque de l’Académie roumaine, qu’à des créations d’art contemporain dont certains spécialement réalisés pour cet Art Safari, telles la mosaïque signée Daniel Codrescu et dédiée au poète national. Enfin, si on descend encore un étage on arrive dans le Pavillon d’art contemporain où l’artiste Felix Aftene est présent avec une rétrospective de ses 30 ans de carrière. Le pavillon international est occupé par le Centre tchèque et l’Institut Goethe. Nous avons invité deux artistes étrangers qui proposeront différents ateliers. C’est la première fois que le Centre tchèque collabore avec nous, tandis que l’Institut Goethe continue sa collaboration annuelle et donc, il fait venir des artistes contemporains allemands pour les faire découvrir au public roumain ».
« R:Eminescu. Le poète rationnel », un projet inédit
L’une des principales expositions proposées par l’actuelle édition du Pavillon d’art Art Safari New Museum est celle consacrée au poète Mihai Eminescu et intitulée « R:Eminescu. Le poète rationnel ». Coordonné par la commissaire Monica Dumitru, avec le soutien de l’historien de l’art, Erwin Kessler et du chercheur Valentin Coșereanu, de l’Institut « George Călinescu » de l’Académie Roumaine, le projet propose une perspective inédite sur la personnalité de Mihai Eminescu, et met en lumière sa dimension intellectuelle et lucide plutôt que son romantisme. A travers différents documents, installations et interprétations visuelles contemporaines, l’exposition se propose de reconstruire la figure d’un poète ancré dans son époque.
Plus de détails sur cette exposition avec le directeur général du Musée national d’art de Roumanie, Erwin Kessler :
« R:Eminescu. Le poète rationnel” est une exposition-inventaire. C’est une première tentative de passer en revue toutes les représentations d’Eminescu dans les arts visuels roumains. Il y a aussi des représentations dans la musique, dans le théâtre, dans la danse, mais nous, on a voulu rester concentrer sur les arts visuels, en sachant qu’Eminescu a été sujet d’une campagne faite par les photographes de son époque, de Iasi, qui ont repris une photo de lui, faite à Prague, quand il avait 19 ans. L’exposition réunit 400 objets choisis parmi les dizaines de milliers qui contribuent à donner une image globale de ce grand mythe de la culture roumaine ».
L’image contemporaine du poète national Mihai Eminescu
Comment cette exposition consacrée à Eminescu est-elle organisée? Erwin Kessler répond :
« Il existe quatre chapitres, chacun placé sous l’égide d’un vers d’Eminescu. Nous avons d’abord le portrait du poète romantique et sentimental, figure emblématique de la fin du XIXe siècle. Puis, à l’issue de la Première Guerre mondiale et pendant l’entre-deux-guerres, cette figure sentimentale est peu à peu remplacée par celle d’un génie tourmenté, sombre et complexe. Les études sur Eminescu, les recherches littéraires sur son œuvre commencent déjà et prennent de l’ampleur durant la période communiste quand le régime privilégie la dimension nationale de ses poésies, son engagement social, avec un accent particulier sur des poèmes tels « L’Empereur et le prolétaire ». Après 1989, nous assistons à un changement d’orientation par rapport à l’oeuvre d’Eminescu, avec notamment une remise en cause et une réinterprétation de ses poèmes par la critique contemporaine ».
A la fin de la discussion, l’historien de l’art Erwin Kessler nous parle de l’image contemporaine du poète national Mihai Eminescu, une image qui risque d’être beaucoup trop galvaudée dans l’espace public :
« Après sa mort, le poète s’est vu conférer le statut de génie national, le seul génie de la culture roumaine. Or, une telle définition n’est pas sans risque, car elle transforme celui concerné en une sorte de repère absolu ». (trad. Ioana Stancescu)