L’ignorance a toujours un coût
Elle façonne notre façon de penser, de choisir et d'agir. Elle n'attire pas l'attention de manière directe et n'est pas perçue comme un risque réel, mais comme un état neutre — un « je ne sais pas » apparemment inoffensif.
Corina Cristea, 01.05.2026, 10:29
L’ignorance, car c’est bien d’elle qu’il s’agit, représente en réalité l’une des vulnérabilités les plus coûteuses qui soit, d’autant plus dans une économie mondiale où la connaissance s’avère être la ressource la plus précieuse. Non seulement pour décrocher un emploi, mais pour comprendre le monde, pour prendre de bonnes décisions au quotidien et pour construire un avenir meilleur. L’ignorance est un risque silencieux, qui ne signifie pas seulement « ne pas savoir », mais surtout ne pas réaliser que l’on ignore. Cette forme de méconnaissance est la plus dangereuse, car elle crée la fausse certitude que les décisions prises sont les bonnes. Elle conduit à accepter des idées sans les analyser, à rejeter la complexité au profit d’explications simplistes, même lorsque celles-ci sont erronées. Cette superficialité mène à de mauvais choix financiers ou à des décisions hasardeuses en matière de santé ou de carrière, dont les effets sont parfois irréversibles. Autrement dit, l’ignorance peut devenir un handicap majeur, source de nombreuses occasions manquées. Car une personne qui ne comprend pas le fonctionnement de l’économie prendra de mauvaises décisions financières. Celui qui ne sait pas évaluer correctement l’information sera facilement influencé ou manipulé. Et celui qui ne s’adapte pas au changement restera prisonnier d’une réalité dépassée.
La Roumanie face à la compétition mondiale pour la connaissance
À l’échelle mondiale, nous assistons à une véritable compétition de la connaissance. Les pays se mesurent de plus en plus à l’aune de leur niveau d’éducation et de leur capacité d’innovation. En Roumanie, force est de constater l’existence, d’un côté, des personnes très bien formées, compétitives sur la scène internationale et, de l’autre, des problèmes persistants et sérieux : illettrisme fonctionnel, écarts importants entre milieu urbain et milieu rural, absence de lien réel entre l’école et le marché du travail. Invitée sur les ondes de Radio Roumanie, Andreea Paul, maître de conférences, docteure en économie et présidente de l’INACO (Initiative pour la Compétitivité), a averti qu’une société qui n’investit pas dans l’éducation bride elle-même son propre potentiel. La véritable compétition en Roumanie n’est pas économique au sens classique du terme, dit-elle, mais une compétition pour la connaissance et pour la formation. À quoi ressemble donc la perte de connaissance en Roumanie ? Andreea Paul :
« Nous perdons de la connaissance lorsque les enfants ne savent pas choisir leur chemin éducatif, et là il s’agit d’une responsabilité collective, qui n’incombe pas à l’enfant. Ou lorsqu’il ne sait pas contracter un crédit bancaire et ne comprend pas les risques auxquels il s’expose, faute de compétences financières, économiques ou entrepreneuriales minimales. Il perd lorsqu’il prend de mauvaises décisions concernant sa propre vie, ou lorsqu’il devient victime d’une manipulation facile ou du populisme, à cause d’un déficit de connaissances. L’ignorance engrange un prix énorme au niveau individuel, payé comptant par l’enfant caractérisé par un déficit éducatif une fois qu’il devient adulte, dans le contexte où nous tous, en tant que société, avons manqué à notre devoir de former, d’éduquer, de préparer et d’armer le futur adulte pour pouvoir naviguer de manière censée et responsable dans son environnement de vie. Et cela a un prix. C’est le prix de la liberté. Car l’éducation ne signifie rien d’autre que conquérir la liberté de faire ce que l’on veut de sa vie, sans être la victime des autres. Pour accéder à la connaissance, il faut partir de l’alphabétisation de base, celle qui permet d’appliquer les notions élémentaires de mathématiques dans la vie quotidienne, comme lorsque l’on est amené de poser du carrelage dans la salle de bain, par exemple. Ou quand l’on s’engage dans un projet d’achat, que l’on veut acquérir un lave-linge ou un four à micro-ondes et que l’on a peut-être besoin d’un crédit à la consommation. Quand l’on établit un budget familial. Quand l’on décide dans quelle ville installer son foyer, sa famille, dans quel secteur on envisage travailler. »
Mieux se former pour réussir sa vie
En effet, les études montrent que les personnes bien formées identifient plus rapidement les opportunités, s’adaptent aux changements, prennent de meilleures décisions et accèdent à des postes mieux rémunérés. En l’absence de compétences fondamentales, en revanche, les opportunités sont manquées, même lorsqu’elles sont présentes autour de soi. L’on parle ici de compétences telles que la pensée critique et la littératie numérique, l’intelligence émotionnelle et l’éducation financière, ainsi que l’adaptabilité, car le marché du travail évolue rapidement. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement des entreprises qui apparaissent et disparaissent, mais des secteurs économiques entiers, des industries qui émergent et s’effacent à des vitesses sans précédent dans l’histoire, avertit Andreea Paul, qui a résumé les compétences critiques qu’il faudrait maitriser dans les années à venir pour mieux maitriser sa vie, pour accomplir ses rêves et son potentiel :
« La capacité d’adaptation, de communication professionnelle, de pensée critique, de pensée créative, de compétences numériques avancées, et une orientation vers des domaines porteurs aujourd’hui comme demain : tout ce qui touche à la santé et aux soins aux personnes, à l’énergie, à la logistique avancée, de la maintenance industrielle au commerce, en passant par les compétences numériques avancées. Et j’entends par là la capacité à maîtriser des langages de programmation complexes, à développer une pensée computationnelle, une pensée algorithmique, et à savoir utiliser l’intelligence artificielle. »
L’absence de ces compétences se traduit par des entreprises qui ne trouvent pas les bons candidats, des jeunes qui terminent leurs études sans savoir ce qu’ils veulent faire ensuite, des adultes qui fuient le changement parce qu’ils ne se sentent pas prêts. Les solutions existent, mais elles ne sont ni simples ni rapides, selon les spécialistes. Dans toute cette démarche, la réforme de l’éducation est essentielle, tout autant que le changement des mentalités. Et l’apprentissage ne devrait pas être perçu comme une étape limitée aux années de scolarité, mais comme un processus continu tout au long de la vie.
(Trad. Ionut Jugureanu)