Course contre la montre du Parlement roumain pour valider le PNRR
Les sénateurs et les députés roumains interrompront leurs vacances la semaine prochaine pour une session parlementaire extraordinaire
Corina Cristea, 23.07.2026, 12:26
Les députés et les sénateurs roumains ont été rappelés de leurs vacances pour une session extraordinaire prévue la semaine prochaine. L’objectif est clair : adopter plusieurs réformes indispensables à la mise en œuvre du Plan national de relance et de résilience (PNRR) afin d’éviter la perte de financements européens majeurs. Six projets de loi, considérés comme déterminants pour le déblocage des prochaines tranches de fonds, figurent à l’ordre du jour. Parmi eux figurent la nouvelle loi sur la rémunération unitaire dans le secteur public, la réforme de la législation sur l’intégrité, le Code de l’urbanisme, ainsi que plusieurs textes portant sur l’administration publique et la transition énergétique.
La réforme des salaires dans la fonction publique concentre toutefois l’essentiel des tensions. Contestée par les syndicats, qui ont déjà organisé plusieurs manifestations, elle peine à faire consensus au sein de la classe politique. Le Parti social-démocrate (PSD), première force du Parlement, a annoncé qu’il ne voterait pas le texte dans sa version actuelle et qu’il déposerait des amendements afin de garantir qu’aucun fonctionnaire ne voie sa rémunération diminuer. Les critiques portent notamment sur la situation du personnel médical. L’Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR), membre de la coalition gouvernementale aux côtés du PNL et de l’USR, a également exprimé des réserves. Le ministre de la Santé, Attila Cseke, a indiqué que les discussions techniques se poursuivaient, notamment sur le plafonnement des primes, tout en précisant que plusieurs propositions formulées par les syndicats avaient déjà été intégrées au projet par le ministère du Travail.
Des réformes sous haute tension politique
Le débat se poursuit malgré la décision de la Cour d’appel de Bucarest de suspendre la procédure d’adoption de la loi sur les salaires, estimant qu’un gouvernement intérimaire n’est pas habilité à proposer des projets de loi. Le ministère du Travail a toutefois annoncé son intention de faire appel, soulignant que cette décision ne remettait pas en cause le dialogue social, le texte devant servir de base à une future initiative parlementaire. Les autres réformes inscrites à l’agenda parlementaire suscitent elles aussi de vives divergences. Le PSD conditionne notamment son soutien au nouveau Code de l’urbanisme au report, jusqu’en 2028, de l’application des résultats du référendum organisé à Bucarest. Les parlementaires devront également se prononcer sur la décarbonisation des systèmes de chauffage et de refroidissement, avec des dispositions destinées à protéger les consommateurs vulnérables, ainsi que sur la réforme de l’Agence nationale d’intégrité (ANI). Ce dernier texte cristallise les affrontements entre le PSD et l’Union Sauvez la Roumanie (USR). Le président du PSD, Sorin Grindeanu, accuse l’USR de vouloir limiter les pouvoirs de l’ANI en matière de contrôle du patrimoine des responsables publics. L’USR rétorque que les sociaux-démocrates cherchent avant tout à préserver leur influence politique sur cette institution, au risque de compromettre le versement d’une tranche de près de 800 millions d’euros au titre du PNRR. La Roumanie dispose désormais de quelques semaines seulement pour faire adopter les réformes exigées par Bruxelles. L’échéance est fixée à la fin du mois d’août, et de son respect dépend l’accès à plusieurs milliards d’euros de financements européens.