Matilde Risso
Originaire de Gênes en Italie, Mathilde est la gardienne de but et l'entraîneuse de l'équipe féminine de water-polo du Club Rapid Bucarest. Installée en Roumanie depuis sept ans et désormais naturalisée
Hildegard Ignătescu, 25.08.2026, 10:30
Aujourd’hui, notre portrait d’expatrié nous emmène dans le monde du sport de haut niveau. Matilde Risso, originaire de Gênes en Italie, est la gardienne de but et l’entraîneuse de l’équipe féminine de water-polo du Club Rapid Bucarest. Installée en Roumanie depuis sept ans et désormais naturalisée, Matilde mène une vie tambour battant : entre ses entraînements, son travail au secrétariat de l’Ambassade d’Italie, son projet d’école de coachs personnels et ses études en management du sport à l’Université Athenaeum de Bucarest, elle incarne l’énergie à l’état pur.
Le coup de foudre pour la Roumanie
Pour Matilde, le water-polo, c’est toute sa vie. Arrivée à Bucarest à l’âge de 24 ans pour un contrat d’un an avec le Rapid de Bucarest, elle n’imaginait pas que l’aventure durerait sept ans. Multiple championne déjà en Italie avec son club de Rapallo, elle a importé sa culture de la gagne en Roumanie, décrochant le titre de championne nationale avec le Rapid.
Matilde Risso possède la citoyenneté roumaine et est naturalisée ici depuis sept ans. Elle nous raconte comment elle est arrivée en Roumanie :
« Je suis arrivée en Roumanie parce que je suis une athlète de haut niveau depuis près de 23 ans, le water-polo représente toute ma vie. J’ai quitté l’Italie pour la Roumanie afin de jouer au Rapid en tant que gardienne de but. J’ai envoyé quelques candidatures, notamment à l’équipe du Rapid, j’ai reçu une offre et j’ai choisi de venir ici. Bien sûr, je n’aurais jamais cru qu’une année se transformerait en sept, mais c’est ce qui s’est passé. J’avais 24 ans et j’en ai eu 25 un mois après mon arrivée ici. Maintenant que je vais avoir 31 ans cette année, je vois comment les choses ont changé et j’ai changé moi aussi. Je ne veux pas dire que j’ai vieilli, car ce n’est pas le cas. Disons plutôt que je me suis améliorée ou que j’ai changé moi aussi. Bien sûr, j’espère devenir de meilleure en meilleure. »
Matilde Risso confie dans son CV même que sa vie a changé et qu’elle s’est beaucoup développée en Roumanie. Rappelons quelques-unes des performances qu’elle a obtenues avec le Club Rapid Bucarest championne nationale, puis 2e place de la Coupe de Roumanie en 2020-2021, elle a décroché plusieurs trophées de 2e place au championnat et à la Coupe de Roumanie. Avec l’équipe nationale d’Italie, elle a remporté une médaille d’argent aux championnats d’Europe en 2014 et a participé aux championnats du monde en 2015 en Grèce. Sa ville d’origine est la ville italienne du water-polo. Matilde Risso :
« Ce furent des années dorées dont je me souviens vraiment avec grand plaisir. Même avec mes coéquipières, quand on en parle, on a envie de pleurer, car ce furent des années superbes. Là-bas, à Rapallo, nous avons remporté plusieurs tournois juniors, qui sont assez relevés en Italie. J’ai joué avec des filles qui ont participé aux derniers Jeux Olympiques de Paris. C’étaient des joueuses de premier plan et nous avons eu de la chance que la direction se plaise avec nous et nous fasse passer chez les seniors, et j’ai joué aux côtés des filles qui ont remporté la médaille d’argent à Rio. Pour moi, c’était quelque chose de sensationnel. »
Deux maisons, un seul cœur
Matilde Risso nous en dit plus sur la dimension roumaine de sa vie et explique pourquoi elle estime avoir connu un développement important sur le plan personnel et professionnel depuis qu’elle s’est installée ici :
« C’est encore une surprise pour moi. Je ne sais pas si la même chose se serait produite si j’étais restée en Italie. Je pense que le fait d’avoir déménagé et d’avoir commencé un parcours dans un pays étranger m’a en quelque sorte aidée à voir les difficultés d’une autre manière, car j’étais de toute façon seule. Ici, j’ai toujours eu des gens pour m’aider, j’ai des amis, des amies, des personnes autour de moi qui m’ont toujours soutenue. Et on n’est quand même pas chez soi. Maintenant, je me sens chez moi ici, et cela me fait bizarre d’aller en Italie parce que je passe tout mon temps ici. Pourtant, du moins au début, on n’est pas chez soi. J’ai dû me relever par moi-même dans certaines situations. Mais j’ai grandi et je me suis aussi découverte.
J’ai toujours été une personne très énergique, j’ai toujours besoin de faire plein de choses. Mes parents sont pareils. Mais c’est vraiment ici que, d’une certaine façon, j’ai trouvé ma voie.
Je m’y sens très à l’aise. Au début, j’avais un peu peur de Bucarest, car je viens d’une ville dont on fait le tour en une heure tellement elle est petite. Bucarest est une capitale. Là-bas, on ne s’ennuie pas, mais comme c’est une ville en bord de mer, on a énormément de choses à faire en été, et moins en hiver. Venant d’une si petite ville, j’ai un peu senti cette différence. »
Comment lui semble Bucarest ?
« Moi, j’aime beaucoup Bucarest. Je m’y sens très bien, j’aime le fait de pouvoir aller partout, j’ai énormément de choses à faire. J’aime les parcs. Maintenant, je connais assez bien les quartiers, surtout ceux près de chez moi. J’aime le fait que, si on veut faire une activité, on trouve des cours ici. Si je veux faire un cours de peinture un jour, je le trouve.
J’aime aussi le centre-ville. J’ai toujours été passionnée par l’art et l’architecture, alors j’aime m’y promener. Et je trouve la ville plutôt calme, du moins à certains moments ; même si j’habite sur un grand boulevard, je me suis habituée au trafic et aux gens qui klaxonnent. Moi, j’aime vraiment Bucarest en général. »
Y a-t-il quelque chose qu’elle aimerait voir changer ?
« Non. Honnêtement, on plaisante sur l’eau chaude. Je plaisantais avec les filles de l’équipe, on a un groupe et on écrit : « Moi, je n’ai pas pris de douche parce que je n’ai pas d’eau chaude », « Moi, je vais à la piscine », « Moi, je vais à la salle »… Mais je sais qu’il y a des travaux pour améliorer cette situation, et en ce moment, ils travaillent aussi sur le métro. Donc non, rien ne me dérange. En fait, j’aime beaucoup les transports en commun, car je trouve qu’ils fonctionnent très bien. Je sais que les gens s’en plaignent d’habitude, mais vous n’avez pas vu comment c’est en Italie, chez nous c’est beaucoup plus difficile avec les transports. Donc pour moi, c’est vraiment un point positif. »
Est-ce que quelque chose de l’Italie lui manque ?
« Mes parents me manquent, nous avons une très bonne relation. D’une certaine manière, je crois que notre relation s’est même améliorée, du moins avec mon père, dont je sais qu’il est très fier de moi, et c’est une grande joie pour moi. En dehors de mes proches et de mes amies, qui de toute façon sont éparpillées partout, la seule chose qui me manque vraiment, c’est la mer. Quand j’avais un problème, j’allais à un endroit précis, sur un banc au bord de la mer, je restais là, je pleurais, je parlais, j’écoutais de la musique et je me calmais.
De toute façon, à chaque fois que j’y retourne, je vais à mon endroit, je m’assieds là et j’ai l’impression que tout s’apaise, et à ce moment-là, c’est mon moment à moi, peu importe quand, tout s’aligne d’une façon ou d’une autre. »
Lorsqu’elle part en Italie, pense-t-elle à Bucarest ou à la Roumanie avec nostalgie, est-ce que quelque chose d’ici lui manque ?
« Je me considère comme très chanceuse, car j’ai deux endroits que je peux appeler « chez moi ». En Italie, c’est ma maison où j’ai grandi, où se trouvent mes proches, mes racines sont là-bas, mais ici, c’est ma vie actuelle, c’est ici que je me suis découverte et je n’échangerais pas ce que j’ai ici pour ce que j’ai là-bas, ou inversement.
Quand je suis là-bas, j’y suis bien, j’aimerais y passer peut-être 15 jours ou un mois. Mais je ne pense pas que je pourrais y rester plus longtemps, car maintenant, j’ai tout ici. D’une certaine manière, à un moment donné, je sais que je dois revenir. »
(Trad Ionut Jugureanu)