L’histoire du Canal de Sip
Après la signature des traités de paix ayant fait suite à la guerre russo-turque de 1877-1878, le projet d’un canal destiné à faciliter la navigation sur le Danube a été pris en charge par l’administration austro-hongroise. C'est ainsi qu'un canal de plus de deux kilomètres de long, 73 mètres de large et quatre mètres de profondeur a été creusé sur la rive droite du Danube
Steliu Lambru, 20.09.2026, 09:30
Sur les 2850 kilomètres parcourus entre le Massif de la Forêt Noire, d’où il prend sa source et la mer Noire, où il se jette, c’est notamment le défilé du Danube qui traverse les Carpates qui reste la région la plus spectaculaire de sa traversée. Là où le fleuve sépare les montagnes pour continuer son trajet prend naissance un habitat naturel unique au monde. Un paysage spectaculaire et notamment un tronçon où la navigation a été par le passé, particulièrement dangereuse. Jusqu’au XIXème siècle, de nombreux accidents de navires et de naufrages y ont eu lieu, faisant du secteur surnommé « Les chaudières” la partie la plus difficile du Danube.
Les grands projets bénéficient presque toujours d’un soutien politique. Après la signature des traités de paix ayant fait suite à la guerre russo-turque de 1877-1878, le projet d’un canal destiné à faciliter la navigation sur le Danube a été pris en charge par l’administration austro-hongroise. C’est ainsi qu’un canal de plus de deux kilomètres de long, 73 mètres de large et quatre mètres de profondeur a été creusé sur la rive droite du Danube. Il commençait aux portes de la ville d’Orsova et se terminait à hauteur du village de Sip, d’où il tirait son nom. En 1969, 73 ans après son inauguration, la construction du barrage de la centrale hydroélectrique des Portes de Fer a entraîné la hausse du niveau d’eau du lac de retenue et la submersion du canal de Sip.
L’ingénieur Michael Românu est un passionné de cartes postales. Au fil des années, il a collectionné des photos de la région du défilé du Danube et restauré celles qui étaient sales, déchirées, jaunies ou incomplètes. Il a organisé des expositions consacrées àla station d’eaux Herculane les Bains, à l’ancienne ville d’Orșova, aux gorges du Danube, à la localité de Turnu Severin, à l’usine de locomotives à vapeur de Reșița ou encore à l’île d’Ada Kaleh, engloutie par les eaux. Pour célébrer le 130e anniversaire depuis l’ouverture du canal de Sip, Michael Românu a réuni dans le cadre d’une exposition, 240 photographies et cartes postales aux formats 10 x 15 cm et A4.
„130 ans se sont écoulés depuis l’inauguration du canal Sip, qui a joué un rôle très important non seulement pour la Roumanie et pour son avenir, mais aussi pour toute l’Europe centrale et même pour le reste de l’Europe. Sur le tronçon du Danube allant de Turnu Severin à Baziaș, il y avait beaucoup de rochers dans l’eau, qu’il fallait retirer pour permettre, dans une certaine mesure, la circulation des bateaux fluviaux, des péniches de marchandises et autres. »
Selon Michael Românu, il faut toujours garder vive la mémoire de nos prédécesseurs, de ceux qui ont créé les œuvres qui constituent les bases de données d’aujourd’hui. L’un d’eux était le photographe Geza Hutterer (1864-1917).
„Mes expositions, je les dédie à un seul photographe, Geza Hutterer de son nom. Il a vécu à Orșova et entre 1890 et 1917, année de sa mort, il a fait de nombreuses photos dans cette région. Grâce à lui, nous avons aujourd’hui cette formidable opportunité de découvrir à quoi ressemblait la vie à cette époque, comment étaient les gens, les lieux, les villes, etc. »
Un lieu de rencontre historique
Nous avons demandé à Michael Românu en quoi consistait cette exposition qui met en lumière, pour le public d’aujourd’hui, un projet perdu :
« Les 240 photographies forment, par analogie, un roman. Toutes mes photographies sont réparties en chapitres. L’exposition consacrée au canal Sip commence par le premier chapitre, où l’on voit les rochers qui se trouvaient jadis dans le lit du Danube. Viennent ensuite les machines et les bateaux de chantier qui ont servi à la construction du canal Sip. Suit un autre chapitre, consacré à des scènes prises pendant la période des travaux proprement dits. Puis l’inauguration du canal Sip. Dans ce chapitre, je dispose de plusieurs photographies qui jouent un rôle essentiel dans la mesure où, le 26 septembre, soit la veille, l’empereur d’Autriche-Hongrie François-Joseph s’est rendu à Orșova-Gară où il a rencontré le roi Carol Ier de Roumanie. Par la suite, le roi Alexandre de Serbie s’y est également rendu. Ensemble, ils se sont rendus dans la ville d’Orșova et ont visité la vieille ville. Ils ont ensuite assisté à une petite messe à l’église catholique d’Orșova. Puis, toujours ensemble, ils se sont rendus à Băile Herculane. On sait qu’à l’époque, Băile Herculane était une station thermale d’une importance extraordinaire ; même l’impératrice d’Autriche, Sissi, s’y rendait chaque année. Une fois leur visite à Orșova et à Băile Herculane terminée, ils ont quitté ensemble le port commercial d’Orșova pour rejoindre le canal Sip à bord du bateau Franz Joseph. Arrivés au canal, ils ont jeté l’ancre près d’un ponton et ont été accueillis par plusieurs milliers de personnes venues assister à l’inauguration du canal. De là, ils se sont rendus à Bucarest, puis à Sinaia. Grâce à la construction du canal Sip, les péniches chargées de pétrole brut ont pu atteindre Orșova, où se trouvaient deux grands réservoirs dans le port commercial, et c’est là que le pétrole brut était déchargé. De là, il était pompé dans des wagons-citernes pour être acheminé par train jusqu’à la gare d’Orșova-Vieille, située à une distance de 2,5 à 3 kilomètres, puis vers la raffinerie ou l’usine de pétrole d’Orșova, comme on l’appelait à l’époque. »
Il y a 130 ans, le canal Sip était inauguré, marquant une véritable libération pour la navigation paneuropéenne sur le Danube. Il fait aujourd’hui partie d’un patrimoine qui, heureusement, est également conservé en images.