Dorina Lazăr, récompensée pour l’ensemble de sa carrière aux Prix Gopo du cinéma roumain
En 2012, Dorina Lazăr a été nommée Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres sur la proposition du ministère de la Culture et de la Communication de France.
Corina Sabău, 19.09.2026, 18:23
L’actrice Dorina Lazăr s’est vu remettre le Prix pour l’ensemble de la carrière lors du Gala des Prix Gopo (du cinéma roumain) 2026. La célébration de plus de six décennies de vie sur scène et de rôles qui ont accompagné des moments significatifs de l’histoire du cinéma roumain, depuis les productions populaires des années 1980 aux films d’auteur du début des années 2000. Formée à l’Institut d’art théâtral et cinématographique « I.L. Caragiale » de Bucarest, Dorina Lazăr a débuté sur les planches au Théâtre Régional de la capitale en 1961. En 1969, elle a intégré la troupe du Théâtre « Odeon », où elle a passé la plus grande partie de sa carrière théâtrale et dont elle a même assumé la direction entre 2003 et 2017.
Dorina Lazăr, à l’affiche du film « N’attends pas trop de la fin du monde »
Au cinéma, le personnage Angela Coman, la conductrice de taxi du film « Angela merge mai departe / Angela suit son chemin » de 1981, reste un des rôles les plus importants de la carrière de Dorina Lazăr, qui lui a valu le prix de la meilleure actrice, attribué par l’Association des Cinéastes de Roumanie. Quarante années plus tard, le personnage est de retour dans un dialogue cinématographique. En 2023, le réalisateur Radu Jude introduit dans son film « Nu aștepta prea mult de la sfârșitul lumii / N’attends pas trop de la fin du monde » des extraits de la production de 1981, créant un dialogue entre le personnage Angela Coman avec Angela, le personnage interprété par Ilinca Manolache, qui revisite des lieux présents dans le film plus ancien. Nous avons demandé à Dorina Lazăr si elle considérait que l’âge et l’expérience professionnelle et de vie apportaient une plus grande liberté de jeu aux acteurs. Dans sa réponse, l’actrice a cependant mis l’accent sur la vulnérabilité et l’émotion. « L’âge est accompagné par la peur. Quand on est jeune, on se sent fort, invulnérable; on n’a pas peur d’oublier, de trébucher sur scène, on ne se soucie pas de sa tenue, de sa propre apparition. Pourtant, à tout moment de la carrière, aussi bien l’acteur débutant que celui en fin de chemin professionnel sont hantés par les mêmes peurs et les mêmes pensées. Il y a cette anecdote célèbre sur Sarah Bernhardt, qui était dans sa loge, avant une soirée de première, aux côtés d’une jeune et belle actrice, très sûre d’elle-même. En la voyant tellement détendue, Sarah Bernhardt a voulu savoir si la jeune comédienne avait du trac, et la réponse négative qu’elle avait reçue a provoqué une réplique devenue célèbre: Vous serez vraiment actrice quand vous aurez le trac, aurait lancé Sarah Bernard à sa plus jeune consœur. Moi aussi j’ai eu beaucoup de trac quand on a filmé avec Radu Jude. Quand j’étais jeune, j’étais plus confiante, je connaissais les équipes de la réalisation. Or, cette fois-ci, j’ai travaillé uniquement avec des jeunes que je ne connaissais pas du tout. J’ai été profondément impressionnée par le professionnalisme exceptionnel de toute l’équipe. Les acteurs n’avaient aucune hésitation, ni celui qui n’avait que deux lignes à dire. Tout avait été répété et préparé pour que la séance de tournage se passe impeccablement. »
La joie d’une vie qui lui a permis de vivre le rêve de devenir actrice.
Quand elle contemple les six décennies de sa carrière, Dorina Lazăr n’aime pas parler de moments définitoires ni de rôles qui l’auraient placée sur un chemin plutôt que sur un autre. Elle préfère parler d’un parcours défini dans le temps, d’accumulation et de joie, la joie d’une vie qui lui a permis de vivre le rêve de devenir actrice. « C’est recevoir de Dieu la chance de vivre une telle vie, de travailler sans répit, sans pour autant ressentir de la fatigue, mais plutôt la sensation de vivre une belle musique. Une vie à écouter du Vivaldi. Je ne crois pas qu’un rôle ait le pouvoir de faire changer radicalement votre comportement ; il existe, cependant sans aucun doute, des repères qui laissent des empreintes. Dans mon cas, le spectacle « Arta conversației / L’art de la conversation », sur le texte écrit par Ileana Vulpescu, a été un tel repère, surtout par son impact sur le public. Je me souviens des spectatrices qui venaient me voir, avec leurs enfants, dans ma loge après le spectacle et qui me disaient avoir vécu tout ce qu’elles avaient vu sur scène. Même chose avec « Năpasta/La Malédiction », le film d’Alexa Visarion d’après la pièce de théâtre d’I.L. Caragiale. Et puis, dans ma vieillesse, Dieu m’a donné un autre cadeau. Actuellement, je joue le rôle d’une écrivaine dans un spectacle qui s’appelle « Neliniște / Inquiétude », écrit par Ivan Vîrîpaev et mis en scène par Bobi Pricop. Tout ce qui se passe dans cette pièce, écrite par un auteur né en Russie et devenu citoyen polonais, est incroyablement généreux pour un acteur. Dans toute ma carrière, je n’ai jamais joué sur un texte tellement riche et plein de sens. Nous jouons ce spectacle depuis trois saisons et pourtant, chaque fois que je le relis j’y découvre de nouveaux sens, de nouvelles possibilités de l’interpréter. »
Un riche palmarès sur le grand écran
La filmographie de Dorina Lazăr contient de nombreux rôles dans des films représentatifs de plusieurs périodes du cinéma roumain, dont Drumuri în cumpănă (Des chemins en question) (1979, du réalisateur Virgil Calotescu), Stop cadru la masă (Arrêt sur image à table) (1980, de la réalisatrice Ada Pistiner), Semnul șarpelui (Le Signe du serpent) (1982, du réalisateur Mircea Veroiu), Liceenii (Les Lycéens) (1986, du réalisateur Nicolae Corjos), Balanța (La Balance) (1992, du réalisateur Lucian Pintilie), Binecuvântată fii, închisoare (Bénie sois-tu, prison) (2002, du réalisateur Nicolae Mărgineanu). En 2013, l’actrice assume un rôle principal dans le film București NonStop, du réalisateur Dan Chișu, ajoutant ainsi un nouveau type à sa galerie de personnages. (Trad. Ileana Ţăroi)
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