La grotte de Coliboaia, bientôt classée au patrimoine de l’UNESCO ?
Depuis 2017, des démarches visant à préparer le dossier UNESCO pour la grotte de Coliboaia, dans le département de Bihor, dans le nord-ouest de la Roumanie, sont en cours. Le dossier a été complété et révisé à plusieurs reprises, avant d’être soumis à nouveau, il y a trois ans, à l’Institut national du patrimoine. Cette institution a transmis le dossier à l’UNESCO, qui l’a accepté le 15 avril de cette année et l’a publié sur son site officiel. Ainsi, pour la grotte de Coliboaia, connue pour ses peintures rupestres vieilles de plus de 30 000 ans et figurant parmi les cinq grottes les plus anciennes au monde, il s’agit d’un premier pas vers la reconnaissance officielle en tant que site du patrimoine mondial. Les spécialistes considèrent cette découverte comme l’une des plus importantes d’Europe dans le domaine de l’art paléolithique.
Ana-Maria Cononovici, 29.09.2026, 10:30
Depuis 2017, des démarches visant à préparer le dossier UNESCO pour la grotte de Coliboaia, dans le département de Bihor, dans le nord-ouest de la Roumanie, sont en cours. Le dossier a été complété et révisé à plusieurs reprises, avant d’être soumis à nouveau, il y a trois ans, à l’Institut national du patrimoine. Cette institution a transmis le dossier à l’UNESCO, qui l’a accepté le 15 avril de cette année et l’a publié sur son site officiel. Ainsi, pour la grotte de Coliboaia, connue pour ses peintures rupestres vieilles de plus de 30 000 ans et figurant parmi les cinq grottes les plus anciennes au monde, il s’agit d’un premier pas vers la reconnaissance officielle en tant que site du patrimoine mondial. Les spécialistes considèrent cette découverte comme l’une des plus importantes d’Europe dans le domaine de l’art paléolithique.
Plus de 1 066 mètres de galeries cartographiées
Située dans la commune de Câmpani, sur le cours supérieur de la vallée de Sighiştel, à une altitude de 550 mètres, la grotte compte plus de 1 066 mètres de galeries cartographiées et un dénivelé de 15 mètres. Bien que connue dans la littérature spéléologique depuis avant 1900, la grotte de Coliboaia n’a fait l’objet d’explorations qu’à partir de 1981. Le Dr Călin Ghemiş, archéologue au Musée de la région des Crișuri, directement impliqué dans les explorations, les études et la documentation du site préhistorique, raconte :
« La grotte de Coliboaia a été découverte en septembre 2009. Elle contient au total neuf dessins. D’un point de vue de l’histoire de l’art, sept d’entre eux sont en fait des croquis, des représentations assez schématiques, tandis que deux autres relèvent de la catégorie du dessin à proprement parler : il s’agit d’un cheval et d’un bison. Sur le plan archéologique, elles revêtent une importance capitale pour la préhistoire de la Transylvanie et, par extension, de la Roumanie. Elles sont importantes avant tout en raison de leur ancienneté. La plus ancienne remonte à environ 36 000 ans. En outre, elles comptent parmi les plus anciennes représentations au monde. Elles figurent parmi les cinq premières découvertes de ce type. Elles nous en apprennent beaucoup sur des communautés dont le principal moyen de subsistance était la chasse. Elles nous renseignent sur les animaux que ces communautés chassaient, car on y trouve des chevaux, des bisons, des ours des cavernes et, très probablement, un mammouth laineux. On y voit un félin, ou un cheval, au galop, une image très évocatrice. Elles nous en disent long sur les croyances de ces communautés de chasseurs et sur le fait que cette partie de la grotte était destinée à des pratiques magico-religieuses, ou du moins présentait une telle connotation. »
La grotte n’est pas ouverte au public
Bien que l’inscription sur la liste de l’UNESCO puisse apporter une notoriété et des opportunités de financement à la région, les spécialistes excluent la possibilité d’ouvrir la grotte au grand public. Les mesures du microclimat ont montré que la simple présence de quelques personnes modifie la température dans la galerie et peut endommager les peintures. Dr Călin Ghemiş explique :
« D’un point de vue touristique, la décision dépend des administrations publiques locales, du Conseil départemental de Bihor et du Conseil municipal de la commune de Câmpani. Comme nous l’avons vu dans d’autres cas en Europe, bon nombre de grottes de ce type ne sont pas ouvertes aux visites. Il existe un cas exceptionnel, celui de la grotte Chauvet, en France. La grotte a été découverte en 1994 et, pendant près de 20 ans, des travaux ont été menés pour en réaliser une reconstitution à l’échelle 1:1. Un cas exceptionnel ! Mais il existe aussi des cas où, à proximité de la grotte, de petits musées élégants ont été aménagés. Ce serait une idée. D’un autre côté, elle ne sera pas visitable en raison du microclimat de la grotte, car chaque grotte, qu’elle soit grande ou petite, possède son propre microclimat et que toute modification, par exemple de température, provoque des réactions en chaîne susceptibles d’endommager les dessins. »
50 mètres de galeries sousterraines
Considérée comme la partie la plus précieuse de la grotte, la galerie des dessins mesure environ 50 mètres de long et s’ouvre à environ 770 mètres de l’entrée. A en croire les spécialistes, une grande partie de la grotte était jadis couverte de peintures, mais les crues et les modifications géologiques en ont effacé une bonne partie. De plus, comme toutes ces représentations ont été isolées pendant des dizaines de milliers d’années, les changements risquent maintenant d’endommager les dessins. Les expériences négatives subies par les grottes de Lascaux et d’Altamira, en France et respectivement en Espagne, où le tourisme a endommagé les peintures rupestres, constituent un avertissement clair pour les spécialistes roumains.
Le Dr Călin Ghemiş, archéologue au Musée de la région des Crișuri, affirme :
« Il serait préférable d’organiser un musée, cela aurait une grande importance pour la communauté locale. Une partie de ces dessins peut être admirée dans le cadre de notre exposition permanente, mise en place au Musée de la région des Crișuri à Oradea, précisément pour ne pas nuire à ces œuvres d’art modestes mais spectaculaires. »
À l’instar d’autres grottes de ce type, la grotte de Coliboaia reste fermée au public afin de protéger son patrimoine. En revanche, les chercheurs proposent la création d’un centre d’accueil ou d’un musée à proximité de la vallée de Sighiştel, où seraient reproduits les dessins et l’atmosphère à l’intérieur de la grotte. Un tel projet pourrait transformer la région en un pôle culturel et touristique majeur, à l’image de certaines communautés françaises qui se sont développées autour de sites paléolithiques.