La médecine légale en Roumanie
L’histoire institutionnelle de la médecine légale débute en Roumanie durant la seconde moitié du XIXe siècle, après la création de l’Etat moderne en 1859 et la formation des spécialistes dans des universités occidentales. Parmi les noms reconnus dans ce domaine, ceux des frères Mina et Nicolae Minovici se détachent du lot. Découverte.
Steliu Lambru, 04.10.2026, 10:00
La médecine légale est la branche de la science médicale qui aide à trouver la vérité plus facilement ainsi qu’à appliquer la loi plus correctement. L’histoire institutionnelle de la médecine légale débute en Roumanie durant la seconde moitié du XIXe siècle, après la création de l’Etat moderne en 1859 et la formation des spécialistes dans des universités occidentales. Parmi les noms reconnus dans ce domaine, ceux des frères Mina et Nicolae Minovici se détachent du lot. Les deux ont écrit des pages de véritable héroïsme médical, s’étant attiré le respect des contemporains et de la postérité. L’année 1892 marque la fondation, à Bucarest, du premier institut de médecine légale.
Les frères médecins
Les frères Minovici sont les fils d’une riche famille d’ethnie aroumaine ou macédo-roumaine, originaire de l’actuelle Macédoine du Nord. Les trois fils naissent en Roumanie, Mina en 1858 et Ștefan en 1867, à Brăila, et Nicolae en 1868, à Râmnicu Sărat (deux villes à l’Est du pays). Ils ont fait, tous, des études de médecine, mais seulement l’aîné et le benjamin ont choisi la médecine légale. Mina Minovici s-a spécialisé en toxicologie et il a également été l’assistant de Carol Davila à L’Ecole de Médecine et de Pharmacie, fondée par Davila lui-même.
Le médecin Octavian Buda, psychiatre à l’Institut de Médecine légale « Mina Minovici » de Bucarest, qui enseigne aussi l’histoire de la médecine à l’Université de Médecine et de Pharmacie « Carol Davila » de la capitale, explique le lien tissé entre Mina Minovici et Carol Davila.
« Mina Minovici se souvient d’une anecdote amusante sur Carol Davila, qui tenait à expliquer les réactions chimiques produites durant ses expérimentations biochimiques. Au XIXe siècle, tout comme à présent d’ailleurs, la toxicologie se confrontait à un paquet de défis, dont l’identification des poisons par le médecin chargé d’autopsier un cadavre. Un jour, lorsqu’il voulait montrer que le gaz de chlore ne produisait pas d’effet sur l’encre d’imprimerie, le Français Davila a introduit une édition du journal « Românul/Le Roumain » dans un ballon de chlore et s’est exclamé: Messieurs, vous avez devant vous la preuve que même le chlore n’arrive pas à faire disparaître le Roumain! Carol Davila était quelqu’un de direct, de colérique, même un brin agressif, et il a réussi, dans une première phase, à mettre au point une sorte d’école de médecine et de santé. »
Bien que les guérisseurs et les médecins aient été des personnages importants dans tous les types de société humaine, dans une Roumanie en développement, l’importance de la profession médicale était encore plus grande. A leur tour, les médecins légistes occupaient une place de plus en plus importante dans l’architecture de l’Etat et dans la prise de décisions, souligne Octavian Buda.
« Un aspect très important est la prise de décision de nature sanitaire dans le milieu urbain. Autrement dit, les médecins légistes ont une contribution aux politiques sanitaires de la ville, ils sont très respectés et leur parole est écoutée, y compris en matière de lutte contre l’apparition des épidémies au niveau local. Le choléra, par exemple, a été un gros problème pour la pathologie de l’époque et les légistes ont eu un rôle bien précis à jouer. »
Une époque favorable au développement de la médecine légale
Lorsque Mina Minovici rentre en Roumanie, il y trouve une atmosphère d’émulation et un terrain favorable à son domaine, raconte Octavian Buda.
« Minovici s’est intéressé, par exemple, à l’identification des substances qui produisaient des empoisonnements et des décès suspects. Pratiquement, en 1886-87, il possède déjà la formation professionnelle qui l’aide à se rendre à Bucarest et insister pour la création d’un institut médico-légal. Des autopsies étaient réalisées à l’Hôpital Colțea et à l’Hôpital Brâncovenesc, où travaillaient deux très sérieux et très distingués Messieurs. L’un était Alexandru Suțu, membre de l’élite princière phanariote, spécialisé en médecine légale et en psychiatrie ; l’autre était le Bulgare Gheorghe Atanasovici, qui a enseigné la médecine légale Bucarest avant de se rendre à Sofia, où il a occupé des fonctions politiques importantes. Atanasovici a été un personnage très connu et très respecté en Bulgarie, mais il est intéressant de montrer qu’il avait commencé par enseigner la médecine légale à Bucarest. »
Le troisième Minovici, Nicolae, est aussi célèbre pour avoir expérimenté l’auto-pendaison précise Octavian Buda.
« Il existe des aspects neurologiques liés à la privation d’air subie par le cerveau au moment de la strangulation. Nicolae Minovici voulait savoir si un individu pendu se débattait juste avant le décès, s’il était possible de saisir des différences dans le cas d’une personne qui est d’abord tuée et pendue ensuite. Ajoutons à cela le fait qu’il existe malheureusement une catégorie d’accidents autoérotiques très bizarre, qui se produisent lors de la pendaison. Minovici s’interrogeait sur ce qui se passait dans de tels cas. Quel était l’état mental, psychiatrique, des gens retrouvés morts par pendaison, dans de telles situations ? Il a voulu comprendre directement une sorte de psychopathologie de la pendaison. Bien évidemment, l’expérimentation a été réalisée sous contrôle, il a défini lui-même des protocoles pour chaque pas et chaque seconde et il a décrit minutieusement tout ce qu’il avait ressenti. Nicolae Minovici est le prototype même d’un médecin légiste, dans le vrai sens du mot. Mina Minovici est plutôt un toxicologue. Certes, Mina effectuait des autopsies et pratiquait la médecine légale, mais en réalité il est une sorte de chimiste converti à la médecine légale. Le benjamin de la fratrie, Nicolae Minovici, était plus jeune, mais aussi plus énergique que les deux autres. Son premier ouvrage de médecine légale s’intitule « La Technique de l’autopsie ». »
La riche histoire de la médecine légale est exposée dans des musées. Et la maison personnelle de Nicolae Minovici en est un aujourd’hui. (Trad. Ileana Ţăroi)