Les couches invisibles de Bucarest révèlent 7 000 ans d’histoire
Les fouilles archéologiques de Glina portent sur des sites préhistoriques connus sous le nom de « tels », vieux de 7 000 ans. Certaines zones avaient été explorées par le passé, mais les recherches avaient été abandonnées et sont désormais menacées par l’expansion urbaine.
Ion Puican, 25.01.2026, 10:00
Sous le tumulte quotidien de Bucarest et de sa périphérie moderne se dissimulent des traces de civilisations bien plus anciennes, remontant à plusieurs millénaires avant la naissance de la ville telle que nous la connaissons. Ces couches enfouies, riches en vestiges, offrent aux archéologues une perspective essentielle sur les débuts de la vie humaine dans la région. Pour en savoir plus sur ces trésors du passé, nous avons rencontré Vasile Opriș, archéologue et chef du département d’histoire du Musée municipal de Bucarest :
« Autour de Bucarest, plusieurs couches se cachent sous les déchets, sous l’herbe ou la boue. Ce qui nous intéresse, c’est surtout celles contenant les traces des civilisations humaines qui ont vécu ici et dont nous savons peu de choses. En les mettant au jour, nous enrichissons notre compréhension de cette région à une époque où la ville n’existait pas encore, sans immeubles ni agglomérations, sans la foule que nous connaissons aujourd’hui. Ces débuts sont propices à l’introspection dans un monde de plus en plus agité. Suivant les traces d’archéologues ayant déjà entrepris ce travail il y a près d’un siècle, j’ai documenté des sites préhistoriques vieux d’environ 7 000 ans. À titre de comparaison, Bucarest, telle qu’on la connaît, est attestée depuis un peu plus de 500 ans : ajouter 6 500 ans nous ramène à cette période reculée. »
Un chantier-école entre tradition et innovation
Les fouilles archéologiques de Glina portent sur des sites préhistoriques connus sous le nom de « tels », vieux de 7 000 ans. Certaines zones avaient été explorées par le passé, mais les recherches avaient été abandonnées et sont désormais menacées par l’expansion urbaine. Plusieurs institutions, dont le Musée municipal de Bucarest, l’Université de Bucarest, le Musée national d’histoire de Roumanie et l’Institut d’archéologie Vasile Pârvan, ont lancé un chantier-école, combinant fouilles classiques et technologies modernes telles que la numérisation par drone, les prospections géophysiques et les analyses en laboratoire.
« Ces sites sont déjà connus, mais beaucoup d’objets n’ont pas été étudiés récemment et souffrent d’un manque de conservation. L’urbanisation rapide met ces vestiges en danger. Nous avons donc décidé de les évaluer et d’obtenir des informations nouvelles, en utilisant les méthodes du XXIe siècle, bien supérieures à celles d’il y a 50 ou 100 ans. Cette année, nous avons commencé à fouiller un site entre les villages de Glina et Bălăceanca, un tumulus en partie anthropique, avec des couches d’habitation superposées sur trois à quatre mètres. Notre objectif est d’appliquer des fouilles classiques, d’étudier les échantillons, de mieux comprendre le régime alimentaire, l’origine et la généalogie de ces populations. Nous explorons les premières cultures néolithiques de cette région, puis, au début de l’âge du bronze, il y a environ 5 000 à 4 500 ans, une population mystérieuse pour nous, connue sous le nom de culture Glina. »
Préserver le passé pour les générations futures
Au-delà de la recherche, le projet vise à protéger et valoriser ce patrimoine pour l’avenir.
« Mon projet pour les cinq à dix prochaines années est de créer un parc archéologique. Durant cette période, nous mènerons des recherches systématiques, collecterons un maximum de données, identifierons les contextes les plus spectaculaires et tenterons de les préserver in situ. Ensuite, nous chercherons des financements pour réaliser une étude de faisabilité et créer un musée et un parc archéologique sur le site », explique Vasile Opriș.
L’initiative de Glina illustre combien l’archéologie peut éclairer le présent en nous reliant à un passé millénaire. Elle montre aussi que protéger et valoriser ces traces invisibles n’est pas seulement un acte scientifique : c’est un engagement culturel et citoyen, permettant aux générations futures de comprendre d’où elles viennent et de préserver la mémoire de ceux qui ont façonné ces terres bien avant que Bucarest n’existe.