Comment protéger les enfants des conséquences du numérique sur leur santé ?
Un projet initié par les parlementaires du Parti National Libéral propose que l’éducation aux médias et numérique devienne une discipline obligatoire au sein de l’enseignement pré-universitaire, notamment au collège et au lycée. Cette initiative vise aussi à inculquer aux jeunes les compétences nécessaires afin d’utiliser Internet de manière responsable
Roxana Vasile, 25.02.2026, 10:48
En Roumanie, près de 80 % des enfants naviguent sur Internet sans aucune restriction, constate une récente enquête sociologique, menée par l’organisation « Sauvez les enfants Roumanie » (Salvati Copiii). Plus d’un tiers des jeunes âgés de 12 à 14 ans ont des comptes publics sur les réseaux sociaux, ce qui favorise le contact fréquent avec des inconnus. D’ailleurs, près de la moitié d’entre eux ont été approchés par des inconnus en ligne, alors qu’un tiers ont même rapporté des situations de harcèlement ou des interactions inconfortables. Plus de deux tiers des enfants ont aussi été exposés à des contenus traumatisants, mais seulement un pourcentage infime, soit 5 %, ont eu le courage de demander l’aide d’un adulte. La publicité pour des substances interdites aux mineurs – alcool, tabac ou médicaments – est accessible en ligne à la plupart des enfants, notamment aux grands adolescents. S’y ajoutent les tendances et effets de mode dangereux, les célèbres « challenges », visibles pour 60 % des enfants, dont certains participent activement à ce type d’action dangereuse. Enfin, 2 enfants roumains sur 10 âgés de 11 à 15 ans présentent des symptômes de sevrage psychologique lorsqu’ils se voient couper l’accès à leur portable ou à d’autres dispositifs numériques.
C’est dans ce contexte qu’un projet initié par les parlementaires du Parti National Libéral propose que l’éducation aux médias et numérique devienne une discipline obligatoire au sein de l’enseignement pré-universitaire, notamment au collège et au lycée. Cette initiative vise aussi à inculquer aux jeunes les compétences nécessaires afin d’utiliser Internet de manière responsable. D’ailleurs, la Roumanie compte parmi les derniers Etats-membres de l’UE qui n’ont pas encore introduit cette discipline dans leur programme scolaire, précise le député Ionuţ Stroe, qui se dit très préoccupé par la situation :
« On a tous constaté la circulation en ligne de vidéos en tout genre, éditées à l’aide de l’intelligence artificielle, qui dénaturent le sens de nombreux évènements ou réalités. De fausses informations sans aucune source fiable sont rendues accessibles aux jeunes et déterminent chez eux différents comportements. Les célèbres « challenges » relayés sur les réseaux deviennent viraux, et constituent un véritable effet de mode chez les très jeunes, malheureusement. Sans parler des fraudes. Par exemple, certains comptes faux tentent d’attirer leur attention, de voler leur données personnelles ou bien d’autres données d’intérêt pour tous ceux qui se servent de ces technologies à des fins douteuses »
En plus de l’éducation numérique, la Commission européenne se propose aussi de renforcer la législation visant à responsabiliser les créateurs de plates-formes en ligne. Pourquoi évoquer Bruxelles ? Pour la simple et bonne raison que ces problèmes liés à l’activité des enfants dans le milieu virtuel ne concerne pas uniquement la Roumanie, mais l’ensemble des états membres de l’UE. Déjà, les députés européens ont débattu un plan de mesures qui vient d’être adopté par l’Exécutif communautaire. Le vice président du Parlement Européen, Nicu Ştefănuţă, plaide de son côté pour que le harcèlement en ligne soit considéré comme une infraction :
« Un âge limite pour les réseaux sociaux est un aspect à prendre en considération. La France ne l’a pas fait pour rien. Je m’explique : les réseaux sociaux sont réalisés à l’aide d’un algorithme qui rend les utilisateurs dépendants. Alors, nous nous devons de très bien réfléchir à ce que nous interdisons à l’école. On y interdit déjà l’alcool et le tabac, alors, peut-être que le téléphone ne devrait pas non plus avoir sa place dans les établissements scolaires, ni les réseaux sociaux ».
Pourtant à Bucarest, les avis sont encore partagés. De son côté l’Organisation Sauvez les Enfants propose l’interdiction totale et sans exception de l’accès aux réseaux sociaux pour les enfants âgés de moins de 13 ans et un accès uniquement avec l’accord explicite des parents pour les adolescents âgés de 13 à 15 ans. George Roman, directeur de programme au sein de l’organisation, explique :
« Cette interdiction est nécessaire pour les moins de 13 ans et il faut qu’elle soit très bien organisée d’un point de vue technique. Alors que pour les 13-15 ans, il ne s’agit surtout d’instaurer un accord parental : le parent doit s’assurer qu’il existe sur le téléphone une solution de contrôle parental qui protège l’enfant, non seulement face aux réseaux sociaux, mais face aux nombreux autres sites qui ne sont pas organisés en tant que réseaux sociaux en général, des sites proposant des contenus abusifs, de la violence extrême, ou qui invitent les enfants à regarder des contenus à caractère pornographique pour adultes voire à produire des contenus payés. On envisage donc une protection beaucoup plus solide pour les 13-15 ans, doublée de la condition que certains réseaux sociaux soient accessibles aux adolescents uniquement après que les autorités aient vérifié que les parents ont tenu compte de tous les aspects de sécurité concernant l’enfant. »
Au niveau politique, le chef roumain du Département pour les situations d’urgence, Raed Arafat, est lui aussi favorable à la limitation de l’accès des enfants et des adolescents aux réseaux. Il ne s’agit pas de censurer, mais de protéger leur santé mentale, affirme-t-il. Raed Arafat :
« L’impact sur les enfants est majeur. Et il faut comprendre que les réseaux sociaux contiennent de la violence physique et que les enfants peuvent être victimes de harcèlement, d’agressions psychiques, d’agressions de la part de leurs camarades, ils peuvent être stigmatisés ou subir des pressions et tout cela les fait profondément souffrire.»
Il ne faut pas sacrifier l’enfance et l’adolescence au profit des plates-formes numériques, affirme encore Raed Arafat. Pourtant, même son supérieur hiérarchique, le ministre de l’Intérieur Catalin Predoiu, le contredit. Ce dernier estime que l’interdiction totale des réseaux sociaux aux enfants engendrera de la frustration et une curiosité excessive de la part de ceux-ci. Selon lui, la solution est à retrouver uniquement dans une éducation solide et sérieuse. Il faut apprendre aux enfants à reconnaître les fausses informations, la manipulation, les discours de haine ou les comportements toxiques du milieu en ligne, affirme encore le ministre romain de l’Intérieur. Enfin de compte, quelle que soit la décision prise, il est important que la sécurité en ligne des mineurs devienne une priorité de politique publique. Les ONG renchérissent, en disant qu’il est aussi nécessaire de développer et de mettre en place des mesures cohérentes de prévention, d’éducation numérique et d’intervention, à même de répondre aux réalités actuelles. En égale mesure, il est nécessaire que les plates-formes en ligne assument la responsabilité pour la protection des enfants dans le milieu virtuel, en mettant en place des politiques de sécurité et de gestion des contenus potentiellement nocifs et en assurant un fonctionnement réel des mécanismes permettant de dénoncer de tels contenus. Tout cela, pour privilégier l’intérêt supérieur de l’enfant !