Le musée « George Severeanu » de Bucarest
Aux côtés d'autres symboles de pouvoir, le trône est le lieu où se manifeste le monarque, celui qui incarne le pouvoir, l'autorité et la légitimité de l'État. Bien qu'aujourd'hui république, la Roumanie conserve un important héritage royal. Et le patrimoine roumain des trônes témoigne de cet héritage. Trônes priciers et royaux dans l’espace roumain.
Ion Puican, 08.03.2026, 10:40
Une maison bucarestoise construite au début du 20e siècle abrite le musée « George Severeanu ». Ce musée, qui fait partie du Musée municipal de Bucarest (MMB), propose aux visiteurs d’admirer l’impressionnante collection de George Severeanu (1879-1939), radiologue, professeur à l’Université de médecine et de pharmacie « Carol Davila » de Bucarest et pionnier de la radiologie en Roumanie. Parallèlement à sa carrière médicale, il était un collectionneur passionné de numismatique et d’archéologie. Il a rassemblé donc plus de 9 000 pièces, monnaies et objets anciens, qu’il a légués à l’Etat roumain. Il faut mentionner que George Severeanu était également le premier directeur du Musée municipal de Bucarest, inauguré en 1931. En fait, sa collection a été le point de départ de la constitution d’un précieux patrimoine culturel pour Bucarest et pour la Roumanie.
Vasile Opriș, responsable de la section d’archéologie systématique et d’histoire du Musée municipal de Bucarest, nous a présenté le musée et ses collections :
« Le public y trouve surtout des objets uniques à Bucarest. En fait il s’agit d’un musée d’archéologie et de numismatique intégré dans un cadre élégant, ce qui est rare dans la ville. … Une fois à l’intérieur, l’on peut parcourir presque toutes les époques, même la préhistoire, en commençant par la Roumanie, en passant par l’Egypte antique, la Grèce antique et l’époque romaine. Une grande partie des objets exposés date de l’Antiquité locale. Il s’agit des objets appartenant aux Gètes, aux Daces, et un peu plus loin aux Etrusques et à d’autres peuples ayant sillonné l’Europe… »
Vasile Opriș a fait une présentation du musée :
« C’est un petit musée, mais très concentré. L’exposition est moderne, avec des éléments tels que des légendes sur tablettes, des dispositifs électroniques, des hologrammes. Nos vitrines centrales, avec leurs tiroirs, ravissent particulièrement les enfants, offrant ainsi au visiteur la possibilité de découvrir par lui-même ce qu’ils renferment. »
Le bâtiment qui abrite le musée « George Severeanu » a été construit de 1908 à 1909. Il a conservé des éléments architecturaux d’origine et l’atmosphère d’une époque longtemps passée. La collection présente des pièces de monnaie grecques, romaines et byzantines, des statuettes, des céramiques, des bijoux et des objets archéologiques du bassin méditerranéen. Une partie importante de la collection est dédiée à la numismatique. Les pièces témoignent de civilisations vieilles de plus de 2 000 ans. Le musée a ouvert ses portes au public en 1956.
Le bâtiment qui abrite le musée possède sa propre histoire et des caractéristiques uniques.
« La maison a un style architectural éclectique. Elle a été construite en fait vers le milieu du 19e siècle. Son histoire n’est pas liée à l’ancienne famille Severeanu, mais à la famille Lerescu, un nom bien connu dans le département d’Argeș, l’ancien Muscel, où les membres de cette famille étaient de boyards très riches. La maison a été achetée et, si je peux dire ainsi, donnée à l’une des filles du boyard Lerescu, Maria, comme dot avant son mariage. Elle a été d’abord mariée à un avocat, mais leur mariage a été de courte durée. Elle a épousé ensuite George Severeanu avec lequel elle a formé cette famille… La collection qu’ils ont léguée porte d’ailleurs le nom de « Maria et Dr. George Severeanu ». Comme je l’ai dit, c’est une maison construite en un style éclectique. Conservant une grande partie de ses éléments d’origine, la maison a été restaurée de 2008 à 2013, pour permettre ensuite au musée d’ouvrir en 2017. Maria et George Severeanu ont habité dans cette maison… Ils y organisaient des rencontres thématiques surtout sur la numismatique, car George Severeanu était passionné d’histoire, d’artefacts, et plus particulièrement de numismatique. Il est d’ailleurs membre fondateur de la Société numismatique roumaine. Il est décédé en 1939 et conformément à son testament l’ensemble de la collection a été légué à la municipalité, c’est à dire au Musée municipal de Bucarest, par l’intermédiaire de son épouse, Maria Severeanu. »
Vasile Opriș explique ce qui attire le plus le public visitant le musée :
« Pour notre grande surprise, ce ne sont pas les artefacts exposés qui attirent le plus le public, mais en fait les meubles de la maison. Les visiteurs photographient souvent les terres cuites, notamment les plus spectaculaires. Une pièce que nous appelons « le bureau de Severeanu », car c’était son bureau, conserve la plupart du mobilier le plus authentique, dont une série d’armoires et de fichets qu’il utilisait pour ranger et conserver ses pièces de monnaie. Quant aux artefacts exposés, les goûts sont assez partagés. Mais l’objet le plus choquant, surtout pour les enfants, est sans doute une main de momie égyptienne… »
Le musée « George Severeanu » est ouvert de mercredi à dimanche de 10h00 à 18h00. Parmi les plus de 80 000 artefacts qui y sont exposés, le public peut admirer une tête en marbre blanc représentant l’empereur Trajan. En fait, l’exposition présente toute une variété d’objets : des pièces archéologiques, telles que armes et outils de la préhistoire, des vases grecs antiques, des statuettes de Tanagra en Grèce, des objets en bronze et en marbre, des objets de verrerie romaine, des pierres précieuses et des camées antiques, des pièces de numismatique gréco-romaine et géto-dace, byzantine, mais aussi médiévale des Principautés roumaines, notamment de Vlaicu Vodă (1364-1377) et Petru Mușat (1375-1391), deux pièces très rares de Vlad Dracul (1336-1342 et 1343-1347), ainsi que différentes pièces de numismatique ottomane et médiévale européenne. On y retrouve également des sceaux de souverains roumains, de la famille Brâncoveanu (17e siècle), des sceaux d’institutions administratives centrales ou municipales des Principautés unies de Moldavie et de Valachie et de Roumanie, des médailles et insignes, ainsi que des ordres et des décorations roumains et étrangers. (trad. Andra Juganaru)