Un conflit sans issue à vue
Quatre ans après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine, Moscou et Kiev sont tout aussi loin de la paix que tous escomptaient. Un conflit sans une issue claire.
Corina Cristea, 13.03.2026, 09:59
La situation explosive au Moyen-Orient a largement détourné l’attention de l’invasion russe en Ukraine. Pourtant, ce conflit, entré récemment dans sa cinquième année, cherche toujours une issue. Moscou et Kiev semblent toujours aussi éloignés de la paix attendue par tous. Cependant, avec l’impasse sur la ligne de front et le retour au pouvoir du président Donald Trump, l’accent s’est déplacé vers des négociations destinées à trouver une issue pouvant déboucher vers un accord de paix. Le chemin pour y parvenir reste toutefois semé d’embuches.
Invité à Radio Roumanie pour une analyse du conflit à l’occasion du quatrième anniversaire de son déclenchement, Mircea Geoană, ancien secrétaire général adjoint de l’OTAN, se souvenait de la situation du début du conflit :
« En dépit des apparences, nous n’avons pas été pris par surprise. Les Ukrainiens ont compris un peu plus tard que nous, à l’OTAN, que la Russie avait en quelque sorte franchi le Rubicon. Ce qu’il faut souligner, c’est que peu de gens, y compris chez nous, à l’OTAN, étaient persuadés que l’Ukraine résisterait. Encore moins pendant quatre ans. C’est un cycle long, avec beaucoup de dégâts et de nombreuses conséquences. Pourtant, à leur grand mérite, ils ont réussi à surmonter le moment initial, qui a été sans doute le plus difficile. La question que nous nous posons tous est la suivante : combien de temps durera encore cette guerre sanglante, qui fait tant de victimes des deux côtés et provoque d’énormes destructions économiques et civiles en Ukraine ? La réponse est que nous ne l’ignorons. Certes, les efforts pour parvenir à une trêve, à un cessez-le-feu, voire à une paix durable, se poursuivent avec une certaine intensité. Nous voyons les négociations, nous voyons la pression exercée par le président Trump, nous voyons la manière dont les Européens tentent de s’insérer dans ce processus. Il est possible que cette guerre s’achève rapidement, mais elle pourrait aussi, Dieu nous en garde, se prolonger encore pendant une période plus longue. »
Des positions irréconciliables
Depuis Moscou, Vladimir Poutine conditionne tout accord de paix à des concessions territoriales de la part de l’Ukraine, autrement dit à des conditions proches d’une capitulation. De son côté, Volodymyr Zelensky déclare que l’Ukraine est prête à de véritables compromis, mais pas à ceux qui porteraient atteinte à son indépendance et à sa souveraineté.
George Scutaru, président fondateur du New Strategy Center en Roumanie explique :
« Poutine feint de vouloir conclure un accord de paix. En réalité, il tergiverse dans les négociations et tente d’exploiter le pragmatisme de l’administration américaine pour la pousser à conclure divers accords économiques aussi avantageux que possible dans différentes régions de la Fédération de Russie. La pression militaire sur le terrain est très forte de la part des Russes et, même si cela ruine pratiquement l’économie du pays, Poutine ne s’arrêtera pas dans les mois à venir. La Russie continuera à exercer une pression militaire soutenue, poursuivra sa politique de bombardement des villes ukrainiennes. Dans les années 1930, Staline a tenté de tuer les Ukrainiens par la famine. Aujourd’hui, Poutine essaie de les tuer par le froid. Poutine ne s’arrêtera pas tant qu’il pensera pouvoir réduire l’aide européenne par diverses campagnes de désinformation, en utilisant pour ce faire, en cheval de Troie, des partis qui sapent le soutien à l’Ukraine. Il poursuivra la guerre tant qu’il disposera de moyens financiers pour le faire. Cependant, je crois qu’il y a aussi des signes encourageants : un énorme déficit de l’économie russe, des problèmes d’argent qui commencent à apparaître, et pour la première fois, en janvier, les Russes ont perdu plus d’hommes au front qu’ils n’en ont mobilisés. Si cette tendance se confirme, il y a de fortes chances que, probablement vers le début de l’année prochaine, la Russie soit contrainte de faire des pas en arrière, et pas seulement d’accepter des discussions sur la fin des hostilités. Nous pourrions même assister à un effondrement de la Fédération de Russie, comme ce fut le cas pour l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale. »
Une guerre au goût amère
Pour l’instant, une conséquence certaine de l’offensive de Moscou est que, si la Russie souhaitait « moins d’OTAN » à proximité de ses frontières, elle a obtenu « exactement l’inverse », comme aimait l’affirmer l’ancien secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. En effet, la Finlande a rejoint l’Alliance en 2023, doublant pratiquement la frontière de l’OTAN avec la Russie, et la Suède lui a emboîté le pas en 2024, après des décennies de non-alignement militaire.
Sur le théâtre des opérations, ce que le dirigeant du Kremlin appelait en 2022 « une opération militaire spéciale » s’est transformé en une guerre d’usure, avec d’importantes implications militaires, économiques et humanitaires.
Un bilan réalisé par le Centre d’études stratégiques et internationales estime que, bien que les chiffres avancés par les autorités soient beaucoup plus bas, le nombre total de pertes militaires combinées – tués, blessés ou disparus – pour les forces ukrainiennes et russes se situerait entre 1,8 et 2 millions de personnes, dont les deux tiers enregistrés dans les rangs des forces russes.
Les données de l’ONU font état de plus de 15.000 victimes civiles confirmées. À cela s’ajoutent près de 6 millions d’Ukrainiens ayant quitté le pays et près de 4 millions de déplacés internes.
Un rapport commun des autorités de Kiev, de la Banque mondiale, de l’Union européenne et de l’ONU estime par ailleurs que le coût de la reconstruction de l’Ukraine après la guerre dépassera 500 milliards d’euros au cours de la prochaine décennie.
(Trad Ionut Jugureanu)