75 ans depuis le coup du 23 août 1944

75 ans depuis le coup du 23 août 1944 Le 23 août 1944, la Roumanie sortait de l’alliance avec l’Allemagne nazie.75 ans plus tard, ce moment reste parmi les plus importants de l’histoire contemporaine de la Roumanie.

Le 23 août 1944 est un de ces jours qui ont marqué, et pour longtemps, le destin historique de la Roumanie. Car, en effet, c'est dans l'après-midi de ce jour d'été 1944, que le jeune roi Michel, 22 ans à l'époque, mettra fin au régime pro allemand du maréchal Ion Antonescu, le Duce local, et, du même coup, au traité d'alliance qui reliait la Roumanie à l'Allemagne nazie. Sous ordre du roi, Ion Antonescu sera arrêté. Le coup royal du 23 août 1944 aurait écourté semble-t-il de six mois la Deuxième Guerre mondiale, selon certains experts. Le renversement des alliances, la paix espérée, ont été accueillis dans la liesse par une population roumaine qui ne souhaitait rien d'autre qu'un retour à la prospérité économique et à la démocratie d'avant la guerre. Il a pourtant fallu vite déchanter. En effet, peu nombreux étaient ceux qui pouvaient s'imaginer ce 23 août 44 le cauchemar qui allait suivre, ces 45 années de régime communiste, imposé par l'Union soviétique, dans le sillage de son Armée rouge. 


Dans les archives du Centre d'histoire orale de la Radiodiffusion roumaine, nous avons retrouvé l'interview accordée en 1986 par Mircea Ionnițiu à Radio Free Europe. Mircea Ionnitiu avait été collègue d'école, puis secrétaire personnel du roi Michel, et fut dès lors l'un des témoins privilégiés de son règne, qui s'étend entre 1940 et le 30 décembre 1947, lorsque le souverain doit abdiquer et partir en exil, acculé par les Soviétiques et leurs vassaux roumains. Dans son interview, Ionnițiu rappelle les combats qui ont suivi le coup de force du roi et l'arrestation du maréchal Antonescu, entre les troupes roumaines et l'armée allemande qui stationnait à l'époque en Roumanie.


Mircea Ionnitiu : « C'est à l'aube de la journée du 24 août que les combats ont débuté. Pendant 24 heures, la capitale a été soumise aux raids intenses de l'aviation allemande. Des bâtiments civils ont été touchés, et on a enregistré des victimes civiles, des gens mitraillés depuis les avions allemands sur les boulevards de Bucarest, en plein centre-ville. Suite à ces actions hostiles, le gouvernement roumain a déclaré la guerre à l'Allemagne et a ordonné à l'Armée roumaine de résister face aux actions de l'ennemi et de libérer le territoire national de la présence de ce dernier. La capitale a été rapidement nettoyée des poches de la résistance allemande, concentrée notamment dans la zone de l'aéroport ».


L'historiographie communiste s'est efforcée par la suite de détourner la signification de l'acte politique et militaire du 23 août 44, et de confisquer sa paternité au profit d'abord des Soviétiques, ensuite des communistes roumains. Entre 1965 et 1989, sous Nicolae Ceausescu, l'historiographie officielle, asservie au régime, avait mis sur le compte du Parti communiste roumain la réussite du coup du 23 août 44, à l'issue duquel on voit la Roumanie quitter le camp nazi et rejoindre les Alliés. En faisant cela, elle a occulté non seulement le rôle du roi Michel et des hommes politiques démocrates dans la préparation du coup, mais également celui de l'aviation américaine, dans les jours qui l'ont suivi. 


Mircea Ionnițiu se souvient de la contribution des Américains pour mater la contre-offensive allemande : « L'attaque de la flotte aérienne américaine a surpris les Allemands. L'aviation américaine a porté des coups durs aux installations allemandes situées au nord de Bucarest, conformément aux ordres reçus le 21 août, en prévision du coup du 23. Les bombardiers ont attaqué à 1h du matin le 26 août, comme il avait été convenu. Cette intervention surprise a aidé les unités roumaines à libérer la région de la capitale. Dans cette bataille, les Roumains ont perdu 1.400 hommes, morts et disparus, mais ont fait aussi entre six et sept cent prisonniers allemands. Jusqu'au 30 août, l'entièreté du territoire national avait été libérée, par l'action seule de l'armée roumaine, sans l'aide des Soviétiques. Nous avons déploré 8.500 morts et blessés graves dans ces opérations, et avons fait 56.000 prisonniers allemands. C'est dans la région de Ploiesti que la bataille a fait rage, car il y avait là une importante concentration de troupes allemandes, censées protéger les champs pétroliers et les capacités de raffinage qui s'y trouvaient. »


Quant à l'apport des Soviétiques dans la défaite allemande, Mircea Ionnițiu leur rend tout de même justice : « La seule opération militaire conjointe avec les Soviétiques a été menée à Ploiesti, où les Russes ont attaqué le 29 août. Ensuite, 265.000 militaires roumains ont participé à la libération de la Transylvanie du Nord, territoire qui s'était retrouvé depuis 1940 sous occupation hongroise, suite au Diktat de Vienne. On a déploré 8.500 victimes dans ces opérations. Pour la libération de la Transylvanie, les Soviétiques se sont mouillés, plusieurs de leurs grandes unités prenant part aux combats. Le 25 octobre 1944, avec les villes de Carei et de Satu Mare, les derniers pans du territoire roumain d'avant la guerre ont été libérés. Le même jour, le souverain, le roi Michel, fêtait ses 23 ans ». 


L'historiographie d'aujourd'hui apprécie à sa juste valeur le coup du 23 août 1944, fomenté par le roi et par son entourage, et qui a permis à la Roumanie de se défaire de l'alliance toxique avec l'Allemagne nazie et de recouvrir, pour un moment, son indépendance. Malgré tout, le regard porté par Mircea Ionnițiu est empreint de nostalgie, sinon de regrets. 


Mircea Ionnițiu parle de sa lecture du moment du 23 août 1944 : « Je ne pense pas que ce jour du 23 août 44 doive être un jour de fête. Il ne faut pas qu'il nous fasse oublier de nous incliner, avec respect et déférence, devant le sacrifice de ceux qui sont morts pour la patrie en Bessarabie, dans les steppes de l'Ukraine, aux bords du Don et de la Volga, dans les vallées du Caucase et de la Crimée, et puis devant ceux qui se sont sacrifiés en défendant Bucarest ou en libérant la ville de Cluj. Pour moi, le 23 août est un jour de recueillement. C'est une occasion que nous, les survivants, nous avons pour réfléchir aux sacrifices inutiles, à tous les martyrs qui ont été sacrifiés au nom de la raison d'Etat, mais aussi pour la renaissance, morale et spirituelle, de la nation. J'aimerais terminer en reprenant les paroles de la proclamation du roi Michel, celle du 23 août 1944: « Notre peuple entend être seul souverain de son avenir ! Celui qui s'essayerait à faire barrage à notre décision, prise en toute conscience et en toute liberté, et qui n'empiète sur les droits de quiconque, deviendrait ennemi de la nation. Le nouveau gouvernement marque le début d'une ère nouvelle, une ère où les droits et les libertés de tous les Roumains seront garantis et respectés ». C'étaient les paroles du roi. 40 ans après, l'on doit encore poursuivre la lutte pour qu'elles deviennent réalité », concluait Mircea Ionnitiu, l'ancien secrétaire personnel du roi Michel. 


75 ans depuis que les paroles du souverain ont été lues sur les ondes de la Radio roumaine, le moment est venu de rendre justice au roi et aux hommes d'Etat de l'époque qui, de manière décidée et courageuse, par le coup du 23 août 1944, ont fait leur devoir pour sauvegarder la nation.  (Trad. Ionut Jugureanu)
 


www.rri.ro
Publicat: 2019-09-02 13:30:00
Vizualizari: 314
TiparesteTipareste