RRI Live!

Écoutez Radio Roumanie Internationale en direct

Le Plan Z

Dans les années 1980, les responsables du régime communiste évoquaient un plan de sauvetage du dirigeant de la Roumanie socialiste Nicolae Ceaușescu en cas de troubles sociaux et de protestations de rue. Appelé « Le Plan Z », celui-ci n’a pas pu être mis en application lors de la Révolution anticommuniste de décembre ‘89 à cause du refus des hommes du régime de soutenir l’impopulaire leader politique

Le Plan Z
Le Plan Z

, 03.06.2024, 13:24

Un contexte mitigé

 

Occupés après 1945 et soumis à des régimes communistes inféodés à Moscou, les pays d’Europe centrale et orientale ne disposaient pratiquement d’aucune stratégie de défense nationale, étant à la merci de l’Union soviétique. Un grand frère soviétique qui n’a pas hésité à occuper la Hongrie en 1956 et la Tchécoslovaquie en 1968 pour tuer dans l’œuf les tentatives réformistes des dirigeants communistes locaux. Se sentant menacée également par une possible agression soviétique, la Roumanie, seul Etat du bloc communiste ayant condamné l’invasion de la Tchécoslovaquie, chercha à élaborer un plan de défense nationale, agencé autour de ce que le dirigeant roumain de l’époque, Nicolae Ceaușescu, a appelé la doctrine militaire de « guerre populaire ».

 

 

Un plan pour mettre à l’abri la famille dirigeante

 

Le général Neagu Cosma, qui a travaillé dans les structures de sécurité du régime d’avant 1989, dévoilait en 2002 dans une interview conservée par le Centre d’histoire orale de la Radiodiffusion roumaine, les détails de ce que la presse allait appeler le Plan Z. Un plan conçu dès le départ dans la logique de toute stratégie de sécurité nationale.

 

 

Neagu Cosma : « L’on avait analysé tout d’abord un bon nombre de plans concernant les possibilités d’évacuation de l’administration, du commandement des opérations militaires ainsi que du commandant suprême dans l’éventualité d’une guerre. Certains ont prétendu par la suite que ces plans étaient conçus pour que Ceausescu et sa famille puissent se mettre à l’abri. Ce que je puis vous répondre c’est que les plans de sauvetage et d’évacuation de Ceausescu dans l’éventualité d’une invasion militaire respectaient les règles habituelles prévues dans de telles situations par n’importe quel Etat au monde. Ceausescu était le commandant suprême de l’armée, et dans n’importe quelle armée et dans n’importe quel pays, le commandant et le commandement doivent disposer d’un plan d’évacuation, pour qu’ils puissent continuer d’exercer leurs missions en sécurité. »

 

Qu’est-ce que « Le Plan Z » ? 

Baptisé Rovine IS 70, le plan Z visait à assurer la survie des éléments essentiels de l’État roumain dans des circonstances extrêmes.

 

Neagu Cosma : « Le plan reçut finalement le nom de code Rovine IS 70. Après l’effondrement du régime communiste fin 1989, la presse l’appela le plan Z. Le plan était censé être mis en œuvre lorsque, à la suite d’un acte d’agression dirigée contre la Roumanie, apparaissait le danger imminent d’occupation temporaire de la capitale et d’une partie du territoire. En l’absence de ce plan, une occupation aurait paralysé la lutte de résistance armée. Il fallait donc pouvoir assurer le sauvetage efficace du commandant suprême et du commandement militaire. Selon ce plan de sauvetage, Nicolae Ceauşescu devait être exfiltré du siège du Comité Central du parti communiste par le tunnel qui relie le bâtiment du Comité Central à l’ancien Palais Royal qui se situe juste en face. »

 

 

Une stratégie en 8 points

Le plan organisait, entre autres, la guérilla, le sabotage, le retrait de l’armée jusqu’à la frontière avec la Yougoslavie et la sauvegarde de Ceaușescu et de la direction de l’armée dans l’éventualité d’une invasion soviétique. Conçu en 8 points, il a été amélioré au fil des années.

 

Neagu Cosma : « Il fallait tout d’abord s’assurer que la radio et la principale chaîne de la télévision publique puissent continuer d’émettre. Préparer et mettre en place les équipes chargées du sabotage des troupes de l’envahisseur. Evacuer ensuite le quartier général et le commandant suprême, soit exfiltrer Ceaușescu du siège du Comité Central du parti communiste, au cas où ce dernier aurait été encerclé. L’on avait par ailleurs planifié de concevoir un détecteur des radiations nucléaires à l’Institut de recherches en Physique atomique de Măgurele. Il fallait aussi sécuriser les routes situées au sud des Carpates tout comme les voies de passage qui traversaient les Carpates en vue de leur utilisation en cas de retraite précipitée. Le plan précisait également le lieu de redéploiement des institutions essentielles au bon fonctionnement de l’Etat dans l’éventualité de l’occupation de la capitale par l’ennemi. Une autre mesure prévoyait la mise en place d’une commission mixte composée du ministre des Transports, du chef de la section organisation du Comité Central du parti communiste et des spécialistes pour étudier et présenter des propositions visant à réguler le trafic ferroviaire et routier entre Bucarest et Timisoara dans l’éventualité d’une agression militaire. Enfin, les documents qui relevaient de la sécurité nationale avaient été microfilmés, pour être facilement transportables au besoin, et la méthode de cryptage qui servait aux communications secrètes allait être changée ».

 

L’échec du Plan Z

Mais l’impopularité croissante du régime et le cynisme du couple Ceaușescu ont fait que le plan Z se soit avéré inapplicable au mois de décembre 1989, échouant à protéger la liberté et la vie de Nicolae Ceaușescu, victime cette fois de la fureur des masses populaires révoltées.

 

Neagu Cosma : « Ça n’a pas marché à ce moment-là, parce qu’il n’y avait plus personne pour l’appliquer. En 1989, plus personne n’était disposé à mettre en œuvre ce plan de sauvetage du dictateur, pas même un seul, car ils en avaient tous marre. Même les officiers de sa garde rapprochée ont fait défection. Le vent avait tourné, et ils avaient senti cela. C’est pourquoi le Plan Z, comme on l’a finalement appelé, n’a pas été déclenché. Il n’avait plus personne qui soit disposé à l’appliquer. »

 

Au mois de décembre 1989, le régime communiste implosa, et les structures censées assurer la protection de son leader l’abandonnèrent. Aussi, la Roumanie tournait la page de 45 années de dictature communiste. (Trad. Ionut Jugureanu)

ziare presa foto pixabay
Pro Memoria lundi, 08 juillet 2024

De l’histoire de la presse féminine roumaine

Les droits de l’homme, énoncés depuis le XVIIIe siècle, font la promotion de l’égalité, au-delà de tout critère de religion, de...

De l’histoire de la presse féminine roumaine
L’humour au temps du communisme
Pro Memoria lundi, 01 juillet 2024

L’humour au temps du communisme

La diversité de l’humour populaire à l’époque communiste   Les régimes politiques dictatoriaux, autoritaires et antilibéraux...

L’humour au temps du communisme
Le periferie di Bucarest lungo il tempo
Pro Memoria lundi, 24 juin 2024

Les relations nouées entre la Roumanie et l’Egypte avant 1990

A la fin des années 1950 et au début des années 1960 la décolonisation et la modernisation des pays du tiers monde avaient le vent en poupe. Les...

Les relations nouées entre la Roumanie et l’Egypte avant 1990
Les monuments roumains restaurés de Bessarabie
Pro Memoria lundi, 17 juin 2024

Les monuments roumains restaurés de Bessarabie

Le 27 mars 1918, la Bessarabie, cette partie orientale de la Moldavie, réintègre la Roumanie, après avoir été annexée par la Russie en 1812 à...

Les monuments roumains restaurés de Bessarabie
Pro Memoria lundi, 10 juin 2024

Les relations diplomatiques entre la Roumanie et le Vatican

L’espace roumain, majoritairement chrétien-orthodoxe de nos jours, a longtemps été un espace d’interférence spirituelle et religieuse. La...

Les relations diplomatiques entre la Roumanie et le Vatican
Pro Memoria lundi, 27 mai 2024

Les désertions dans l’armée roumaine pendant la Première Guerre Mondiale

La désertion, pas une lâcheté, mais un effet du stree post-traumatique   L’historienne Gabriela Dristaru de l’Institut...

Les désertions dans l’armée roumaine pendant la Première Guerre Mondiale
Pro Memoria lundi, 20 mai 2024

Radio NOREA

Entre 1945 et 1990, la langue roumaine était diffusée à la radio non seulement depuis Bucarest, mais aussi depuis l’étranger. Les radios...

Radio NOREA
Pro Memoria lundi, 13 mai 2024

Le théâtre radiophonique destiné aux enfants

Les débuts   Dès ses débuts, la radio a fait une priorité de l’éducation des masses. Les enfants, public généreux et convoité par...

Le théâtre radiophonique destiné aux enfants

Partenaire

Muzeul Național al Țăranului Român Muzeul Național al Țăranului Român
Liga Studentilor Romani din Strainatate - LSRS Liga Studentilor Romani din Strainatate - LSRS
Modernism | The Leading Romanian Art Magazine Online Modernism | The Leading Romanian Art Magazine Online
Institului European din România Institului European din România
Institutul Francez din România – Bucureşti Institutul Francez din România – Bucureşti
Muzeul Național de Artă al României Muzeul Național de Artă al României
Le petit Journal Le petit Journal
Radio Prague International Radio Prague International
Muzeul Național de Istorie a României Muzeul Național de Istorie a României
ARCUB ARCUB
Radio Canada International Radio Canada International
Muzeul Național al Satului „Dimitrie Gusti” Muzeul Național al Satului „Dimitrie Gusti”
SWI swissinfo.ch SWI swissinfo.ch
UBB Radio ONLINE UBB Radio ONLINE
Strona główna - English Section - polskieradio.pl Strona główna - English Section - polskieradio.pl
creart - Centrul de Creație Artă și Tradiție al Municipiului Bucuresti creart - Centrul de Creație Artă și Tradiție al Municipiului Bucuresti
italradio italradio
Institutul Confucius Institutul Confucius
BUCPRESS - știri din Cernăuți BUCPRESS - știri din Cernăuți

Affiliations

Euranet Plus Euranet Plus
AIB | the trade association for international broadcasters AIB | the trade association for international broadcasters
Digital Radio Mondiale Digital Radio Mondiale
News and current affairs from Germany and around the world News and current affairs from Germany and around the world
Comunità radiotelevisiva italofona Comunità radiotelevisiva italofona

Diffuseurs

RADIOCOM RADIOCOM
Zeno Media - The Everything Audio Company Zeno Media - The Everything Audio Company