Le « mărțișor » avec ses symboles et ses rituels
En Roumanie, le mois de mars débute par la fête du « mărțișor ». Tradition ancestrale consacrée au renouvellement, le « mărțișor » est une sorte de porte bonheur qui symbolise le renouvellement de la nature et l’arrivée du printemps. Son principal élément est le fil tressé rouge et blanc. Découverte.
Radio România Internațional, 03.03.2026, 13:23
Une tradition ancestrale
Le mois de mars débute chaque année par la fête du « mărțișor ». Tradition ancestrale consacrée au renouvellement, le « mărțișor » est une sorte de porte bonheur qui symbolise le renouvellement de la nature et l’arrivée du printemps. Son principal élément est le fil tressé rouge et blanc, allégories de la lumière et de l’obscurité, de la chaleur de l’été et du froid de l’hiver, du jour et de la nuit, de la vie et de la mort. Initialement un simple fil tressé noir et blanc, le mărțișor évolue, le rouge remplace le noir et on y attache des pièces de monnaie ou de petits objets symboliques.
De nos jours, le mărțișor peut être tout objet de petites dimensions auquel l’on attache un fil bicolore rouge et blanc. Bref – un porte-bonheur. Pour sa part, l’ethnologue Ion Ghinoiu définit le mărțișor comme « le fil bicolore des jours, des semaines et des mois de l’année ». Pour le spécialiste du folklore Simeon Florea Marian, c’est un porte-bonheur qui apporte le bien-être à son possesseur.
Un trésor mondial
De son côté, Virgil Ștefan Nițulescu, manager du Musée national du paysan roumain de Bucarest explique que le mărțișor « est une partie du trésor mondial et pas seulement un élément du patrimoine culturel immatériel roumain. D’ailleurs, le dossier qui a été admis à l’UNESCO illustre le fait que cette tradition est spécifique à une zone délimité par les rivières Dniester et la Grèce, la Bulgarie et jusqu’aux anciennes républiques yougoslaves. Presque tout l’espace chrétien des Balkans est marqué par cette tradition. Certes il s’agit du passage de l’hiver au printemps, c’est une tradition marquée par cette renaissance de la nature. Sans aucun doute, il s’agit d’un moment d’espoir que la vie poursuivra son parcours normal ».
De nombreux rituels à observer par régions
La fête du mărțișor est très ancienne et renvoie au renouveau de la nature et de l’homme. Selon Delia Suiogan, ethnologue à l’Université du Nord de Baia Mare, de nombreux rituels sont associés à cette fête.
Par exemple, le matin du 1er mars, avant l’aube, la femme la plus âgée du foyer devait tresser deux fils – l’un rouge, l’autre blanc – auquel elle attachait une pièce de monnaie en or ou en argent. Cette amulette était ensuite attachée au cou des enfants, filles et garçons. Ils devaient la porter jusqu’à ce que les premiers arbres fleurissent, surtout dans la contrée de Maramures (nord). Ensuite, l’amulette était attachée aux branches des arbres fleuris. Selon la quantité de fleurs de l’arbre, les gens imaginaient les caractéristiques de l’année. C’est le rituel le plus ancien du mărțișor, tel qu’il était pratiqué au Maramures.
Mais les rituels varient par zone, même à l’intérieur de la Roumanie.
Dans certaines régions, on portait le mărțișor jusqu’à une des fêtes du printemps – le dimanche des Rameaux, les Pâques ou les « Mucenici » – la fête des Martyrs marquée le 9 mars. Ou bien les enfants portaient le martisor jusqu’au retour des oiseaux migrateurs. Le fait de détacher le mărțișor du cou ou de la main et de le mettre sur les branches d’un arbre fleuri symbolisait le transfert d’énergie du monde humain à l’univers végétal. La pièce de monnaie attachée au fil tressé était ensuite utilisée pour acheter du vin rouge et du fromage frais pour que son possesseur garde toute l’année sa bonne santé et sa bonne humeur.
Les symboles du fil tressé
Dans d’autres communautés rurales roumaines ce fil tressé rouge et blanc symbolise le mélange du soleil et de l’eau. Leur pouvoir était transféré à l’enfant, lorsque le fil touchait son cou ou sa main. C’est pourquoi l’on offrait ces amulettes uniquement aux petits. Et on insistait sur la puissance du fil bicolore, sans la monnaie attachée. De nos jours, partout dans le pays, dont la contrée de Maramures, on offre le mărțișor aux femmes de tous âges, comme symbole de l’appartenance.
Aujourd’hui, le martisor est un cadeau offert le 1er mars
De nos jours, le mărțișor a perdu sa fonction protectrice. Le 1er mars est une fête des petits cadeaux, dont la valeur commerciale gagne de plus en plus en ampleur. C’est aussi une occasion pour les créateurs de produits faits main de promouvoir leurs objets. Et bien que les coutumes ne soient plus respectées dans le monde moderne, le fil rouge et blanc ne manque jamais.
Des foires du mărțișor
Où se procurer un tel mărțișor ? Eh bien, à Bucarest, la foire organisée Musée du Paysan Roumain est le rendez-vous incontournable des meilleurs créateurs de « mărțișoare » qui viennent des 4 coins de la Roumanie pour y vendre leurs produits, les uns plus intéressants que les autres.
Depuis des années, cette foire est connue dans l’espace urbain et les Bucarestois passionnés des traditions d’art traditionnel roumain ne la ratent jamais. Le manager du Musée du Paysan Roumain, Virgil Ștefan Nițulescu, précise que « cette foire est le moment où la communauté se réunit pour célébrer l’arrivée du printemps par le retour du soleil dans le ciel. Ce n’est pas seulement la fin d’un hiver astronomique, météorologique, mais aussi un moment de renaissance spirituelle. Cette foire se donne aussi pour mission de réunir des personnes qui respectent strictement le métier traditionnel de la réalisation des mărțișoare , et certains de ces porte-bonheurs sont très simples, de véritables objets d’art paysan, qui mettent surtout l’accent sur le fil blanc-rouge que sur les objets qui l’accompagnent. Par ailleurs, c’est une manière d’encourager la créativité. Il y a beaucoup d’artistes, de jeunes et même d’étudiants en art qui font état de leur créativité proposant au public des « mărțișor » novateurs, créatifs, très beaux et très appréciés ».
Chaque année, des foires dédiées au mărțișor se ont lieu à plusieurs endroits de la capitale roumaine, mais celle accueillie par le Musée du paysan roumain est peut-être la plus appréciée par les Bucarestois et sans aucun doute la plus visitée.