Les traditions des Pâques
Nous vous invitons dans les minutes suivantes à connaitre plusieurs traditions liées à la célébration la plus importante des chrétiens orthodoxes : Pâques.
Ana-Maria Cononovici, 14.04.2026, 12:07
Silvia Szakcs-Mikes, de l’Association des Femmes du village Sântâmăria Orlea, nous a parlé avec amusement des traditions telles qu’elles se perpétuent dans la contrée de Haţeg
« Nous essayons de les faire revivre, car une grande partie s’est perdue, et surtout de les transmettre aux enfants et aux jeunes générations, afin qu’ils connaissent leurs valeur. A partir du dimanche des Rameaux et de la Semaine sainte, semaine de piété, nous nous sentons peut-être plus proches du ciel et de la foi. Mais il y a aussi toute une série de traditions profanes. Par exemple, il y a une coutume appelée « Le Jeudi saint », qui a lieu dans la nuit du mercredi au jeudi, lorsque les garçons du village montent sur la colline avoisinante et allument un très grand feu. Jadis, c’était l’occasion de « laver le linge sale du village en public » Bref, c’était l’occasion de féliciter les jeunes femmes travailleuses, de réprimandait celles qui n’avaient pas eu une conduite exemplaire, d’annoncer les arrangements de mariage faits jusqu’alors. Il s’agissait en fait d’une analyse de la vie en communauté ; les jeunes femmes arrivaient à se cacher dans les rues pour écouter ce que les garçons disaient d’elles. Aujourd’hui encore, la coutume perdure, mais avec certaines restrictions : les pompiers doivent être présents, car il y a le risques d’incendie. Mais la tradition est préservée et se perpétue même chez les jeunes enfants, qui commencent à ressentir l’importance de cet événement. »
Silvia Szakcs-Mikes a ajouté :
« Une autre coutume a lieu le jour de Pâques, plus précisément le premier jour. Après la Liturgie et le repas, les jeunes hommes forment deux équipes : d’un côté les célibataires, de l’autre les mariés. Chaque année, à treize heures, un match de football oppose les mariés aux célibataires. Les perdants devaient offrir à boire aux gagnants. Le deuxième jour de Pâques, une autre coutume perdure : il s’agit de la Course de la prosphore, c’est-à-dire le pain utilisé pendant la Liturgie. Vers midi ou treize heures, le prêtre se rend à l’église et distribue un tel pain, qui devrait être mangé par une personne choisie parmi les participants. Presque toutes les familles du village, jeunes, vieux et enfants compris, se rassemblent à la sortie du village. La coutume commence par casser les œufs peints. Les enfants ont des paniers avec des petits sacs pour les ramasser. Une table joliment nappée est dressée, un verre d’eau est apporté, et là, celui qui mange la prosphore s’assoit sur une chaise. Entre temps, une véritable course de relais est organisée. Quatre garçons doivent courir depuis les environs du château de Nopca, et porter une branche de groseillier de relais en relais jusqu’au lieu ou la prosphore est mangée. Tout le monde attend de voir si les garçons terminent leur course avant que la prosphore soit mangée. Ceux qui perdent doivent évidemment offrir à boire aux gagnants. »
Aurel Prepeliuc, ethnologue au Musée du Village de Bucovine à Suceava, explique comment est marquée le début du Carême dans la région. Rappelons-le, c’est la plus longue période de restrictions alimentaires du calendrier religieux.
« Tout commence essentiellement par une fête nocturne, marquée par des excès alimentaires. De nombreuses coutumes, qui varient d’un village à l’autre, sont associées à ces jours. On peut aussi y réciter des incantations, mais il faut tout effacer le lendemain, premier jour du Carême, dans une cérémonie non religieuse appelée « Spolocania ». Tous ceux qui ont fait des excès la veille doivent se soumettre à ce rituel qui consiste à consommer de l’alcool, parfois même en grande quantité, afin d’effacer toute trace de nourriture, interdits pendant le jeûne. »
Aurel Prepeliuc, ethnologue au Musée du village de Bucovine à Suceava, a décrit d’autres coutumes locales :
« Le Jeudi saint est riche en rituels. Il existait des rituels magiques d’origine préchrétienne. On célébrait les « Vieux Hommes du Jeudi saint », durant lequel on offrait de la nourriture à la mémoire des ancêtres. On allumait également des feux de purification, y compris sur les tombeaux. Mais il y avait aussi un personnage très intéressant, Joimărița, une représentation fantastique, une sorte de déesse de la mort. On croyait qu’elle faisait du mal aux femmes qui ne maîtrisaient pas le filage du chanvre, et aux jeunes hommes qui ne réparaient pas les clôtures. Cette croyance était une façon pour la communauté de s’assurer que ses membres accomplissaient leurs travaux agricoles et ménagers à temps, afin qu’ils ne deviennent un fardeau ni une source de critique de la part des autres. En Bucovine il y a un rituel selon lequel les jeunes femmes sont aspergées de parfum. C’est un héritage des Allemands, des Polonais et des Slovaques de la région, majoritairement catholiques. »
Si les traditions locales varient d’une région à l’autre, le menu de Pâques reste généralement le même : œufs rouges ou de différentes autres couleurs, terrine d’abats d’agneau, soupe aigre d’agneau, agneau rôti, feuilles de choux farcies et, en dessert, pască et cozonac, respectivement une tarte au fromage et raisins et une brioche fourrée de cacao. En Dobroudja, en revanche, la gastronomie tourne autour du poisson, et toute la série de spécialités traditionnelles – terrine, soupe aigre et feuilles de choux farcies – est préparée avec des captures du delta et de la mer Noire.