Le Blue Deal et les lacunes de la Roumanie
Le Blue Deal constitue un ensemble complet de recommandations pour une politique durable de l'eau en Europe.
Ana-Maria Cononovici, 24.04.2026, 11:06
Le « Pacte bleu » européen, connu sous le nom de Blue Deal, a vu le jour en 2023. Il repose sur une série d’avis couvrant les aspects sociaux, économiques, environnementaux et géopolitiques de l’eau, ainsi que les défis liés à l’eau dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie, des infrastructures et de la consommation durable. Le Blue Deal constitue un ensemble complet de recommandations pour une politique durable de l’eau en Europe, érigée en priorité stratégique, et a été soumis à l’adoption des États membres de l’UE.
Nous en avons discuté avec Marin Florian, questeur au sein du Comité économique et social européen (CESE) :
« Le Blue Deal représente un ensemble d’avis élaborés par le Comité économique et social européen. Le besoin à l’origine de ce paquet portait sur une ressource d’une importance capitale, que nous avons tendance à traiter avec une certaine légèreté : l’eau. Dans le contexte de l’intelligence artificielle, d’une crise énergétique et d’un déficit de compétitivité lié à des prix de l’énergie très élevés — que l’Europe ressent fortement, et la Roumanie plus encore, puisque nous y subissons les tarifs énergétiques les plus élevés de l’UE —, l’eau devient une ressource d’une importance primordiale. La Roumanie dispose de ressources en eau considérables et d’un cadre naturel qui pourrait la placer dans une position avantageuse sur le plan de la compétitivité. Et je pense ici explicitement à l’eau. Ce que nous avons fait au sein du CESE vis-à-vis du Blue Deal, c’est proposer aux institutions européennes disposant d’un pouvoir de décision — à savoir le Conseil, la Commission et le Parlement — un ensemble de recommandations visant à consolider cette ressource stratégique pour notre avenir. Ces recommandations, nombreuses, ont constitué le socle de la Water Resilience Strategy, la Stratégie de résilience de l’eau, publiée par la Commission européenne l’année dernière. »
Repenser l’usage de l’eau : transparence, efficacité et planification
Ce paquet Blue Deal a eu un écho important et très concret, nous a encore précisé notre interlocuteur, qui a énuméré quelques-unes des recommandations proposées :
« Nous avons d’abord besoin de davantage de transparence en ce qui concerne le prix de l’eau. Nous avons besoin d’une meilleure synergie entre ceux qui consomment et ceux qui consomment l’eau de manière responsable, et je pense ici aux personnes vulnérables, mais aussi aux entreprises dont l’activité dépend de l’eau. Nous avons besoin de ce que nous avons appelé un Blue Transition Fund, un Fonds pour la transition bleue, destiné explicitement à générer des économies ou à accroître l’efficacité dans l’utilisation de l’eau. Permettez-moi de vous donner un exemple concret de ce qui me semble être une grave erreur de l’Europe dans ce domaine. Prenez la Politique agricole commune et les investissements dans les exploitations agricoles. Nous investissons des ressources pour renforcer la compétitivité des fermes, mais nous ne regardons jamais combien d’eau elles consomment. Voilà comment des fonds publics peuvent nuire à une ressource d’une importance capitale. C’est pourquoi nous proposons que chaque technologie financée par des fonds européens soit soumise à des conditionnalités liées à l’eau — ce que nous appelons les « water conditionalities » —, afin d’être plus responsables dans l’utilisation de cette ressource. Le volet recyclage est également crucial, car en Roumanie, nous avons des industries extrêmement dépendantes de l’eau. »
Vers un changement de paradigme ?
En Roumanie, il semble que les industries aient pensé l’utilisation de l’eau de manière indépendante, au lieu d’adopter une vision stratégique unifiée. Marin Florian, questeur au sein du Comité économique et social européen, abonde à ce sujet :
« Nous considérons l’eau comme une ressource bon marché et toujours disponible. Or ce n’est pas tout à fait le cas. Je vais vous donner un exemple tiré du secteur agricole, particulièrement révélateur : nous avons des situations où nous utilisons de l’eau potable pour irriguer des champs ou alimenter des exploitations. Or l’eau potable est la plus coûteuse qui soit. Je crois que tout cela devrait être repensé, y compris la planification industrielle, précisément pour assurer une cohérence entre le niveau de qualité de l’eau requis par une industrie et celui requis par une autre. Car lorsque nous avons conçu la planification industrielle, nous n’avons pas intégré cette dimension. Pourtant, l’eau issue du secteur énergétique, qui présente une certaine température, pourrait être utilisée pour chauffer des serres, par exemple. En Roumanie, nous n’avons pas raisonné ainsi dans notre planification industrielle — nous avons donc beaucoup de retard à rattraper sur ce plan. Le Blue Deal est un ensemble intégré de recommandations, profondément ancré dans la réalité. Étant donné que la Roumanie dispose d’abondantes ressources en eau, nous pourrions y investir bien davantage : c’est un secteur particulièrement prometteur sur le plan économique, avec une demande à la fois industrielle et civile qui s’annonce très forte dans les années à venir. »
De plus en plus d’organisations de la société civile et d’associations environnementales en Roumanie organisent des campagnes pour la sauvegarde des différents bassins hydrographiques du pays, avec un nombre croissant d’adhérents, ce qui laisse à penser que les décisions politiques pourraient, elles aussi, gagner en cohérence. (Trad. Ionut Jugureanu)