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La famille Ascher

Les Juifs séfarades de Bucarest ont formé une des communautés économiquement les plus dynamiques de la capitale de la Roumanie et la famille Ascher en est une référence

Crédit photo : Adèle Carpentier pour RRI.
Crédit photo : Adèle Carpentier pour RRI.

, 06.06.2026, 10:38

Felicia Waldman, qui enseigne l’histoire des Juifs à l’Université de Bucarest. « David Ascher, qui a vécu depuis la fin du XVIIIème siècle jusqu’à la moitié du XIXème, était d’origine sudète autrichienne, bien que né à Bucarest. Il s’est fait enregistrer comme sudète autrichien afin de bénéficier de la protection de l’agence autrichienne. Il avait un commerce d’importation de vêtements d’Angleterre, une marchandise qu’il acheminait depuis Constantinople ou directement depuis les ports britanniques. Il avait héritait ce commerce de son père et il allait le léguer à ses propres enfants. Conformément au recensement de 1838, David Ascher et son épouse Leah avaient à l’époque cinq enfants: Solomon, Avram, Isac, Iacob et Lazăr. En 1873, Isac, qui entre temps avait choisi de se faire appeler Isidor,  avait déménagé à Paris, Abraham à Vienne, où il est d’ailleurs décédé en 1891 ; son fils, Albert, avait lui-aussi choisi de rester à Paris, où il s’est fait recenser en 1881. Quant à Iacob, nous pouvons imaginer qu’il n’avait pas survécu à l’enfance. »

 

          Fondateurs d’une célèbre enseigne bucarestoise 

 

Deux des frères Ascher ont créé une entreprise devenue célèbre dans le Bucarest de l’époque. « En 1876, les deux frères restés en Roumanie, Lazăr et Solomon, et huit autres individus enthousiastes ont fondé ensemble la Banque Bucarest. Mais leur aventure bancaire s’est arrêtée au bout de seulement six années, à cause du trop grand nombre de banques qui existaient déjà à l’époque. En 1880, Albert Ascher, le fils d’Abraham, a ouvert une boutique de mode au numéro 11 rue Lipscani, et en 1885 il en a ouvert une deuxième à l’intérieur du Palais Dacia-România dans la même rue, au numéro 3, sous l’enseigne devenue célèbre par la suite, « Au bon goût ». Au début des années 1890, « Au bon goût » était déjà une grosse affaire, qui avait besoin d’un espace sur mesure. Sitôt dit sitôt fait. Ascher a acheté un terrain situé au 8, rue Lipscani, en face de l’actuelle rue Carada, qui portait un autre nom à l’époque. Le terrain s’étendait jusqu’à la rue Stavropoleos. En novembre 1893, le commerçant demanda à la mairie un permis de construire pour une maison de rapport, un immeuble de 621 mètres carrés, avec deux étages et mansarde, construit l’année suivante d’après les plans de l’architecte Filip Xenopol. »

 

L’histoire de deux boutiques

 

L’affaire prend de l’ampleur et les associés des initiateurs Ascher entrèrent eux-aussi en scène : « Les deux boutiques « Au bon goût » ont emménagé dans ce nouvel immeuble. Le nouveau magasin occupait la quasi-totalité du rez-de-chaussée, avec des entrées donnant sur les deux rues, au 8 rue Lipscani et au 11 rue Stavropoleos. Nous ne connaissons pas les raisons qui ont poussé Ascher, en 1895, à vendre sa part à ses associés, les frères Levi. Ahile et Albert Levi se sont associés dans une nouvelle compagnie, qui était la propriétaire des boutiques « Au bon goût ». Nous ne connaissons pas les dimensions de la partie de l’immeuble vendue par Ascher aux frères Levi. Ce qui est sûr c’est qu’il y a cent ans, l’enseigne « Au bon goût » ne détenait pas le bâtiment entier, mais seulement l’aile qui donnait sur la rue Stavropoleos. Les autres parties de la construction appartenaient aux époux Henri et Leonie Mayer. Ceux-ci ont racheté le reste de l’immeuble plus tard, suite à une décision du Conseil d’Administration de la société de février 1920. »

 

« Au bon goût »

 

Comme cela arrive souvent, en plus des noms des fondateurs, une marque connue inclut d’autres noms aussi. Felicia Waldman : « Après la transformation, en 1904, de l’enseigne « Au bon goût » en société en commandite, les actionnaires majoritaires, qui n’avaient plus de liens avec la famille Ascher, allaient ouvrir en 1905 à l’étage du bâtiment, en partenariat avec la Banque Marmorosch-Blank, une Maison de commission ou de courtage, qui sera ultérieurement transformée en société d’export-import. En 1924, l’immeuble est démoli et la société emménagera à une autre adresse. Donc, ce qu’il y a actuellement là-bas n’est pas le bâtiment initial, devenu impraticable à cause de l’action du nouveau propriétaire Jean Chrissoveloni, qui y fera construire sa fameuse banque, dont le siège a résisté jusqu’à nos jours. »

 

Des générations successives connues dans le milieu des affaires

 

La deuxième génération des Ascher sera une présence remarquée dans le milieu des affaires de Bucarest : « Solomon Ascher, un des cinq enfants de David Ascher, a lui-aussi été un personnage emblématique de Bucarest. En plus de son affaire avec des vêtements, que nous avons mentionnée, et qu’il a développée dans plusieurs boutiques à Hanul cu Tei, une zone commerçante exclusivement destinée au textile pendant longtemps, Solomon Ascher a racheté en 1874 l’ancienne Auberge Hagi Tudorachi. En 1869, cette auberge avait été rebaptisée le Passage commercial ; à présent,  la construction abrite le siège du Centre culturel municipal de Bucarest ARCUB de la rue Lipscani, étant inexactement appelée Hanul (l’Auberge) Gabroveni. Plusieurs banques y avaient leurs sièges respectifs, dont, par exemple, la quatrième filiale de la Banque Marmorosch-Blank, inaugurée en 1900. Solomon Ascher et son épouse Sara ont eu six enfants. Sur le certificat de décès de Sara il était écrit « noyée dans le Danube et ramenée à Bucarest depuis Vienne ». Une des filles du couple, Sofia, a épousé Leon Manoach. Sofia et ensuite son fils aîné, Emanuel, ont réussi à préserver Hanul cu Tei jusqu’au moment de la deuxième guerre mondiale. »

 

La troisième génération des Ascher écrira sa propre histoire.

 

Felicia Waldman : « Un autre fils de Solomon, Moreno Ascher, a été le propriétaire d’une des maisons près du Passage commercial. On peut la voir sur de vieilles photos, car elle n’existe plus de nos jours. Elle se trouvait au 74 rue Lipscani. Moreno était également le propriétaire de la maison située au 90  rue Lipscani, où se trouvait une autre enseigne de mode séfarade, « La Papagal / Au Perroquet », ayant appartenu à Albert Farhy. Cette autre enseigne de mode séfarade était liée à la famille Ascher par son siège. »

 

L’histoire de la communauté juive séfarade bucarestoise a aussi donné le nom d’Ascher à la capitale de la Roumanie. De nos jours, ce nom est présent à travers le patrimoine constitué de bâtiments et de lieux. (Trad. Ileana Ţăroi)

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