Reptiles et amphibiens menacés en Roumanie
Alexandru Strugariu, chercheur à Iași et spécialiste en herpétologie (discipline qui se consacre à l’étude des amphibiens et des reptiles), nous parle des nombreuses espèces de reptiles et d’amphibiens de Roumanie, aujourd'hui confrontées à un ennemi silencieux mais néanmoins omniprésent : la réduction de leurs espaces naturels
Daniel Onea, 03.10.2026, 12:28
La Roumanie abrite une biodiversité remarquable, mais de nombreuses espèces de reptiles et d’amphibiens sont confrontées à un ennemi silencieux mais néanmoins omniprésent : la réduction des espaces naturels. Bien que la Roumanie bénéficie d’une diversité d’espèces supérieure à celle d’autres pays du nord et de l’ouest du continent, leur conservation devient un défi majeur. Alexandru Strugariu, chercheur à Iași et spécialiste en herpétologie, discipline qui se consacre à l’étude des amphibiens et des reptiles, nous en dit plus sur la situation de la Roumanie
« Nous disposons d’une diversité relativement bonne par rapport à la moyenne enEurope, qui n’est pas nécessairement un haut lieu de l’herpétofaune, c’est-à-dire de la faune des amphibiens et des reptiles. La Roumanie s’en sort bien par rapport à d’autres pays. Les zones présentant la plus grande diversité sont les péninsules méridionales : balkanique, italique et ibérique. En Roumanie, on compte 23 ou 24 espèces de reptiles, selon la classification, et 18 espèces d’amphibiens. Nous avons publié le premier ouvrage de vulgarisation sur les amphibiens et les reptiles de Roumanie, après celui de 1969. »
Des espèces rares au sein de l’UE
Au-delà des espèces courantes, le territoire roumain constitue un refuge pour des reptiles uniques au sein de l’Union européenne. Une découverte scientifique a confirmé la présence d’une sous-espèce rare dans l’est du pays, comme nous l’explique Alexandru Strugariu :
« En 2010, nous avons publié un article attestant pour la première fois la présence de la sous-espèce Vipera berus nikolskii en Roumanie, au moins à l’est du Siret, dans les départements de Botoșani, Iași, Vaslui et, plus récemment, Galați. Nous avons une sous-espèce de vipère qui, à notre connaissance, ne vit qu’ici au sein de l’Union européenne. Il existe une confirmation génétique du fait que les spécimens situés à l’est du fleuve Siret sont bien des vipères de Nikolski. »
L’activité humaine, un fléau pour toutes les espèces confondues
Cependant, la présence de ces populations uniques est fortement menacée par l’activité humaine. La perte d’habitats affecte gravement la survie des reptiles, comme l’illustre parfaitement le cas de la vipère des steppes de Moldavie, une espèce endémique déjà extrêmement vulnérable, comme nous l’explique Alexandru Strugariu, spécialiste en herpétologie :
« La réduction des habitats constitue sans aucun doute la principale menace pour les amphibiens et les reptiles. Une espèce emblématique est la vipère des steppes de Moldavie (Vipera ursinii moldavica), une sous-espèce endémique de l’est de la Roumanie et l’une des plus vulnérables d’Europe. On ne la trouve que dans les départements de Iași et de Tulcea, et en Moldavie, elle occupe des habitats petits et fragmentés aux alentours de Iași, tels que la réserve de Valea lui David et le site Natura 2000 Dealul lui Dumnezeu. Ces zones, en particulier Dealul lui Dumnezeu, sont gravement affectées par les activités humaines, notamment par l’extension des terres agricoles et l’absence d’une gestion adéquate. »
La protection de ces zones et des espèces qui y vivent dépend énormément de l’éducation et d’un changement de perception de la part du public. Étonnamment, c’est chez les jeunes générations, et non chez les adultes, que l’on observe la plus grande ouverture à la connaissance, alors que la science commence à peine à découvrir véritablement la complexité de ces animaux. Ainsi, la conservation des reptiles en Roumanie nécessite non seulement des mesures strictes et immédiates de protection des habitats, mais aussi des efforts soutenus en matière de recherche et d’éducation. Sans une gestion durable des zones protégées et sans politiques agricoles respectueuses de l’environnement, une partie inestimable du patrimoine naturel européen risque de disparaître de manière irréversible.