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L’état des arts dans la Roumanie des années 1940 – 1950

Dans les régimes totalitaires, les artistes se voient bien souvent obligés de se plier aux ukases du pouvoir et de mettre leur art au service du pouvoir. Il va de soi qu’en évoluant sous de telles contraintes, l’indépendance créatrice devient un vain mot, d’autant que le pouvoir totalitaire se fait souvent un point d’honneur de mettre la création artistique au service de sa propagande. Connaître le régime politique sous lequel une œuvre fut créée constitue dès lors un préalable indispensable, qu’il s’agisse d’un film ou d’une pièce de théâtre, d’une toile ou d’une sculpture, de l’architecture d’un bâtiment ou d’un autre type de monument. C’est que l’époque au milieu de laquelle le créateur vit ne manquera jamais de poser son empreinte sur l’œuvre de ce dernier.

L’état des arts dans la Roumanie des années 1940 – 1950
L’état des arts dans la Roumanie des années 1940 – 1950

, 29.05.2022, 18:52

Dans les régimes totalitaires, les artistes se voient bien souvent obligés de se plier aux ukases du pouvoir et de mettre leur art au service du pouvoir. Il va de soi qu’en évoluant sous de telles contraintes, l’indépendance créatrice devient un vain mot, d’autant que le pouvoir totalitaire se fait souvent un point d’honneur de mettre la création artistique au service de sa propagande. Connaître le régime politique sous lequel une œuvre fut créée constitue dès lors un préalable indispensable, qu’il s’agisse d’un film ou d’une pièce de théâtre, d’une toile ou d’une sculpture, de l’architecture d’un bâtiment ou d’un autre type de monument. C’est que l’époque au milieu de laquelle le créateur vit ne manquera jamais de poser son empreinte sur l’œuvre de ce dernier.

A partir de 1938, la Roumanie allait entrer dans une période noire de son histoire. C’est l’année où le roi Carol II instaure tout d’abord son régime personnel. Les partis politiques se voient supprimés, tout comme la presse partisane. Le temps de la pensée et du parti uniques allait faire son entrée en scène. Après l’abdication du roi Carol II et l’avènement du régime fasciste en 1940, les choses n’ont fait qu’empirer. Le pouvoir tombe aux mains du Duce local, général d’abord, maréchal ensuite Ion Antonescu, celui qui embarquera la Roumanie dans l’aventure de l’alliance avec Hitler, et dans la guerre contre l’Union soviétique. Arrêté le 23 août 1944, le maréchal laissera la place à un régime qui se voulait démocrate, sans pour autant avoir les moyens de ses ambitions. En effet, le pays, occupé de facto par l’Armée rouge, assiste, effaré et impuissant, à la prise de contrôle du pouvoir par les communistes, épaulés par Moscou. Un nouveau totalitarisme faisait son entrée en scène, un régime plus terrible que les précédents. Un régime qui allait s’y installer durablement, jusqu’à la fin de l’année 1989.

Mis devant les réalités de leur temps, les créateurs de tous bords durent bien se résoudre à composer avec les exigences du pouvoir. Durant l’époque fasciste, ils durent lever bien entendu des louanges à la nation, à la patrie, aux valeurs nationales, voire nationalistes. Après 1945, avec l’avènement du communisme, le culte du prolétariat, le proletkoult, devient un passage obligé. Le critique et historien de l’art Radu Bogdan, qui a vécu entre 1920 et 2011, a eu l’occasion de connaître intimement les affres des régimes totalitaires. Dans sa jeunesse pourtant, il avait même cru sincèrement en un régime de justice sociale, adhérant de plein gré au parti communiste et publiant à ses débuts dans les colonnes des journaux communistes.

Interviewé en 1995 par le Centre d’histoire orale de la Radiodiffusion roumaine, Radu Bogdan nous donne son avis sur la condition de l’artiste à l’époque communiste : « Si l’on partait du présupposé que la période communiste a été l’époque d’un régime malade, pathologique, serions-nous dans le vrai ? Il se passait pas mal de choses tordues, cela est vrai. Mais à l’institut où je travaillais à l’époque, l’Institut de l’histoire de l’art, il y avait de gens très compétents. Bon, chacun de nous était un peu tordu, chacun à sa manière. Chacun de nous avait ses petits lubies et se ses manies, cela est vrai. »

Avec le professeur d’histoire de l’art George Oprescu, Radu Bogdan avait même pris part à l’inventaire des biens de la Couronne, à la suite de l’abdication contrainte du roi Michel I, le 30 décembre 1947 : « C’est moi qui avais recommandé le critique d’art Edgar Papu pour faire ce travail. Il était l’assistant du professeur Tudor Vianu, j’avais été son étudiant et je l’avais invité à participer à cette commission. La commission comptait aussi le muséographe et critique d’art Zambaccian, lui aussi membre du parti ; le marchand d’art Lévi, qui n’était pas membre du parti et qui avait un passeport turc, mais il avait des pistons. Il y avait encore un certain Nestor, ancien membre de la Garde de Fer, d’extrême droite, mais qui était un archéologue hors pair et un scientifique remarquable. Ion Jalea, le sculpteur, avait été coopté pour évaluer certaines pièces dans son domaine de compétence. L’historien Emil Condurachi était chargé du volet médailles et antiquités. Pour ma part, j’étais chargé d’évaluer la valeur marchande des fonds bibliophiles et des documents qui se trouvaient dans les collections royales. »

Le régime instauré par les communistes ne s’est pas gêné d’imposer les thèses du marxisme-léninisme dans les arts et la culture, pour se conformer en tous points au modèle soviétique. C’est pour cette raison que le bâtiment de l’Athénée roumain de Bucarest, temple par excellence de la musique classique, avait été modifié sans trop d’égards. Radu Bogdan : « A un certain moment, le gouvernement avait donné l’ordre de couvrir les fresques, peintes par Costin Petrescu sous la coupole de l’Athénée, avec des peintures de héros et de révolutionnaires. Et les meilleurs peintres de l’époque- Iosif Iser, Camil Ressu et Ştefan Constantinescu- ont été invités à prendre part à l’aventure. Le projet a cependant fait long feu rapidement, car chacun allait de son idée. A l’origine, la fresque faisait 3 mètres de haut. Mais elle suivait une même ligne directrice, l’on sentait le même coup de pinceau. Alors que maintenant c’était un capharnaüm. A la fin, il a bien fallu abandonner le projet. »

L’évolution de l’expression artistique sous le régime communiste a bien dû suivre le sort des créateurs. Tordue, censurée, contrainte, elle laisse souvent entrevoir l’absence de liberté dont leurs auteurs sont victimes durant les périodes totalitaires. (Trad. Ionuţ Jugureanu)

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