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Ion Monoran

La Révolution de décembre 1989 a créé les héros de notre temps. Ce sont les héros des révolutions civiques anticommunistes, dont le but a été de redonner à l’être humain la liberté et le droit de chercher son bonheur sans contraintes. Car le régime communiste et la société qu’il avait créée se sont basés sur des contraintes et des conventions. Structuré autour d’un leader unique et incontestable, le régime politique d’avant 1989 semblait éternel et indestructible. Dans un tel univers sociétal fermé, les conformismes sociaux et idéologiques considéraient que toute forme d’opposition était une folie. Or, les héros ont justement été ceux qui ont rejeté les clichés de ces temps-là, montrant aux autres que la folie de contester un régime tyrannique était en réalité la capacité de comprendre clairement l’évolution de l’histoire.

Axiopolis
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, 04.01.2026, 10:10

Un poète dans les rues de Timișoara en décembre 1989

Ion Monoran a fait partie des héros de la Révolution de décembre 1989 à Timișoara. Il s’était retrouvé parmi les plusieurs centaines d’habitants de la ville de l’ouest de la Roumanie qui avaient eu vent de la décision du régime d’évacuer le pasteur réformé et opposant politique Laszlo Tökes de son domicile et qui s’étaient rendus sur place. Selon un témoignage posté sur son site personnel ionmonoran.ro, « la tension qui montait depuis plusieurs jours autour de la maison du pasteur László Tőkés me disait que le moment était venu pour que quelque chose arrivât en Roumanie aussi, quelque chose de similaire aux événements produits dans les autres Etats communistes de l’est de l’Europe. L’imbécilité et la manière dictatoriale dont le clan Ceauşescu dirigeait le pays avaient poussé la société au désastre économique, à la détresse, au froid et à la misère générale. Tout au long de l’année 1989, nous attendions, les nerfs à vif, qu’il se passe quelque chose qui  nous libère du communisme superficiel et creux, dans lequel des générations entières avaient été obligées à vivre… J’avais décidé de m’impliquer dès le début dans les événements du 16 décembre 1989… Lorsque je suis arrivé sur la Place Maria, il n’y avait qu’environ 250 personnes rassemblées autour de la maison du pasteur Tökes. Je suis allé au milieu de ce rassemblement et je leur ai dit qu’il fallait faire quelque chose et que nous en avions besoin de leaders, si non, on allait avoir le sort des gens de Braşov, en 1987. Pour convaincre de nous rejoindre ceux qui n’osaient pas s’approcher à cause des agents de la Securitate, qui grouillaient dans les parages, nous nous sommes mis à chanter Hora Unirii (la Ronde de l’Union) et à crier <Libertate (Liberté)!> et <Români, veniţi cu noi! (Roumains, venez avec nous)>. »

 

Qui était Ion Monoran ?

Né en 1953, Ion Monoran avait 36 ans en 1989 ;  il s’était fait connaître en tant que poète, mais il avait refusé de publier ses poèmes avant la chute du communisme par peur de la censure. Il suffoquait dans l’atmosphère irrespirable, de terreur et de censure, et, comme ses compatriotes, il ressentait la tension générale, en train d’atteindre son apogée. Il a participé aux événements de sa ville et il s’est pleinement investi dans l’après-décembre 1989. Trente-six ans plus tard, le philosophe Gabriel Liiceanu a rendu hommage à la personnalité d’Ion Monoran, dont le nom est lié aux documents fondateurs de la Révolution qui a transformé la Roumanie.

« Le 16 décembre la Révolution a éclaté à Timișoara et Ion Monoran a bloqué les trams qui circulaient devant la maison de Laszlo Tökes, pour inviter les passagers à descendre. Les gens se sont joints aux quelque 200 autres, déjà rassemblés sur place, et ils ont commencé, tous ensemble, une marche de contestation du régime communiste et de Ceaușescu lui-même. Et leur action a abouti. C’est donc lui qui a bloqué les trams et convaincu les passagers à descendre, qui s’est ensuite mis à la tête d’un millier de personnes qu’il a emmenées devant le siège de la Direction départementale du parti. Une fois sur place, ils ont protesté, en assumant les conséquences, faciles à imaginer, d’une telle action de contestation du pouvoir communiste officiel. C’est lui qui a fondé la « Societatea Timișoara » et c’est dans sa maison, siège de cette association, qu’est née la fameuse Proclamation de la Timișoara et son célèbre point 8, qui demandait la lustration, c’est-à-dire l’action d’empêcher les anciens membres du parti communiste et les anciens agents de la Securitate de remplir les nouvelles fonctions dans la nouvelle société roumaine. »

La Révolution roumaine avait triomphé et la Roumanie, aux côtés des autres pays socialistes qui s’étaient libérés de la tyrannie communiste, réintégrait le monde civilisé et démocratique. Le poète Ion Monoran, devenu une voix puissante de la démocratie, a constamment critiqué le nouveau pouvoir politique, majoritairement constitué d’anciens membres et cadres du Parti Communiste Roumain, groupés au sein du Front du Salut national. Il a également été très actif dans le cadre de la Société « Timișoara » et dans les pages du journal « Timișoara ». La liberté retrouvée du pays lui a aussi apporté le début littéraire. Le « Dictionnaire général de la littérature roumaine », publié par l’Académie roumaine en 2005, affirmait qu’Ion Monoran appartenait à la génération 1980 et qu’il avait refusé tout compromis. Sa création poétique, qualifiée d’impulsive, abrupte et souvent contradictoire, ainsi que son écriture fondamentalement contestataire « nourrissent un état conflictuel permanent et rendent compte de l’expérience d’un être libre, incompris », est-il écrit dans le Dictionnaire littéraire.

Le poète – héros Ion Monoran s’est éteint à l’âge de seulement 40 ans, le 2 décembre 1993. Il nous a laissé quatre volumes de poésie, tous posthumes, et le souvenir d’un homme courageux, qui s’est montré à la hauteur du moment historique vécu. (Trad. Ileana Ţăroi)

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