La banque Marmorosch-Blank
Fondée par Iacob Marmorosch et Mauriciu Blank, et continuée par Aristide Blank, fils et héritier de Mauriciu Blank, elle a été une institution bancaire des plus puissantes d’avant 1945 en Roumanie.
Steliu Lambru, 01.02.2026, 10:00
La Banque Marmorosch-Blank, fondée par Iacob Marmorosch et Mauriciu Blank, et continuée par Aristide Blank, fils et héritier de Mauriciu Blank, a été une institution bancaire des plus puissantes d’avant 1945 en Roumanie.
Le début de l’histoire
Né en 1823 à Colomeea, située à l’époque en Autriche et de nos jours en Ukraine, Iacob Marmorosch mourut à Vienne en 1905. Il avait commencé à travailler en tant que prêteur à gages, changeur de devises et usurier. En 1848, il se trouvait déjà à Bucarest, dans le quartier commercial de la rue Lipscanilor, où il débuta sa carrière. Mauriciu Blank, son partenaire d’affaires, allait naître 25 années plus tard, en 1848, à Pitești, dans la principauté de Valachie. Après des études à Vienne, Blank revint en Roumanie en 1863 et se fit embaucher par la compagnie de Marmorosch. Felicia Waldman, professeure des Universités à l’Université de Bucarest et autrice de biographies de juifs bucarestois, s’est également intéressée aux carrières professionnelles des fondateurs de la Banque Marmorosch-Blank.
« La banque est fondée en 1848 par Iacob Marmorosch, qui allait embaucher Mauriciu Blank en 1863, lorsque celui-ci avait 15 ans et venait d’être diplômé de l’Ecole de commerce de Vienne. Pratiquement, Marmorosch a embauché Blank juste au moment où sa banque et Mauriciu Blank fêtaient leur quinzième anniversaire, puisque Mauriciu Blank était né en 1848, l’année où Marmorosch fondait sa banque. Donc, Marmorosch embauche Blank en ’67, il le nomme partenaire en ’73 et finit par le désigner propriétaire unique. C’est un détail intéressant et nous ne connaissons pas la raison de cette décision, car Marmorosch avait sa propre famille, il avait des enfants ; pendant longtemps, les gens avaient pensé qu’il n’avait pas eu de famille et que c’était pour ça qu’il avait légué la banque à Blank. En fait, celui-ci était séfarade et s’appelait Durrera el Blanco, malgré la lettre k finale de son nom. »
Investissements dans le développement de l’économie nationale
La banque Marmorosch-Blank avait fait partie des financeurs du gouvernement roumain pendant la guerre d’indépendance de 1877-1878. Après la guerre, elle avait continué à accorder des crédits au développement de plusieurs secteurs de l’économie, tels que la construction de routes, l’industrie, les assurances, les banques, les constructions publiques. Entreprise très dynamique, la banque s’était associée à des institutions bancaires allemandes, françaises et hongroises. Felicia Waldman souligne le fait que sous la direction de Mauriciu Blank, la banque avait connu sa plus forte expansion, mais aussi le changement de génération.
« Il était déjà l’unique propriétaire en 1900, mais il avait gardé le nom de la banque en souvenir de Marmorosch. En 1905, la banque devient société par actions. Blank a été actionnaire dans les plus grandes entreprises, par exemple à Vulcan, à Luther. Il s’est impliqué dans le financement de travaux publics, de routes et de chemins de fer, ce qui a évidemment contribué au développement du commerce. En 1912, Aristide Blank, fils de Mauriciu et directeur de la banque, était invité à siéger à la Commission de création de l’Académie d’études économiques de Bucarest. Entre 1915 et 1923, lorsque Marmorosch-Blank était la plus puissante banque commerciale de Roumanie, elle fait construire son siège de la rue Doamnei, bâtiment qui existe toujours. Le deuxième siège de la banque Marmorosch-Blank, celui de 1848, se trouvait à Hanul (l’Auberge) Ghermani. Un autre bâtiment de la banque se trouvait au 8 rue Lipscani, là où se trouve aujourd’hui la Banque Chrissoveloni. En 1920, la banque Marmorosch-Blank créait les Ateliers Graphiques <Cultura Națională>, qu’elle a vendus à l’Etat en 1930 ; les Ateliers ont ainsi rejoint la Régie du Monitorul Oficial (du Journal officiel) et des Imprimeries de l’Etat. En 1923, la banque avait 25 succursales au Royaume de Roumanie et 4 à l’étranger, à Paris, Istanbul, Vienne et New York. »
La banque Marmorosch-Blank et les relations franco-roumaines
La seconde génération de banquiers de la banque Marmorosch-Blank a été celle d’Aristide Blank, fils de Mauriciu, né à Bucarest en 1883, personnalité complexe, banquier, mécène, écrivain, patron de journaux. D’orientation politique libérale, il a financé des projets nationalistes roumains, mais il a été un adversaire de l’extrême droite fasciste. Proche du roi Carol II, il a gardé le contrôle de sa banque, reprise par la Banque nationale suite à la crise financière du début des années 1930. Marginalisé dans les années 1940, pendant la dictature d’Ion Antonescu, Blank a essayé de mettre sur pied une affaire dans le secteur bancaire après la guerre, mais ses efforts ont échoué à cause de la nationalisation de l’économie opérée par le gouvernement communiste en 1948. Condamné en 1953 à 20 ans de prison, il est autorisé à émigrer en 1958, suite à des interventions de l’étranger. Deux années plus tard, en 1960, il s’éteignait à Paris à l’âge de 77 ans. Felicia Waldman ajoute d’autres informations :
« Il a fait partie des initiateurs et actionnaires fondateurs de la compagnie Air France. Sur le site d’Air France, il est écrit que l’argent avait été donné par la Banque Marmorosch-Blank, initialement par l’intermédiaire de la Compagnie de Navigation Aérienne Franco-Roumaine, fondée en 1920 par Aristide Blank et Pierre de Fleurieu. La compagnie est ensuite devenue la Compagnie Internationale de Navigation Aérienne, en 1925, et respectivement Air France, après l’unification avec quatre autres compagnies et la nationalisation de 1933. La Compagnie de Navigation Aérienne Franco-Roumaine allait inaugurer en 1922 la première ligne commerciale transcontinentale Paris-Istanbul via Băneasa (Bucarest). »
La Banque Marmorosch-Blank a été l’institution créée par deux générations de banquiers professionnels, qui l’ont utilisée en fonction des opportunités de l’époque. Sa place de choix dans l’économie roumaine a fait d’elle un des chapitres les plus riches de l’histoire du système bancaire roumain. (Trad. Ileana Ţăroi)