Le dimanche des Rameaux
Dans la tradition chrétienne, Pâques est la fête la plus importante. Les chrétiens célèbrent la Résurrection de Jésus Christ, qui a sauvé ainsi toute l’humanité, condamnée, selon la Bible, pour le péché originel. Mais il faut dire aussi que la fête de Pâques est précédée par toute une période de préparations. Sa dernière phase débute par le Dimanche des Rameaux, une fête marquée tant par la joie, que par la tristesse, riche en rituels partout dans le monde. Nous vous proposons de découvrir les racines de cette fête et de connaître quelques traditions spécifiques de la Roumanie.
Andra Juganaru, 07.04.2026, 14:03
Le récit biblique sur l’entrée royale humble
Selon le Nouveau Testament, le dernier miracle que Jésus Christ avait fait était la résurrection de Lazare, enseveli quatre jours auparavant. Le miracle s’est passé dans la petite ville de Béthanie, située à seulement 2 km et demi de Jérusalem. La nouvelle du miracle de Béthanie s’est rapidement répandue à Jérusalem, où un nombre impressionnant de gens se rassemblaient pour fêter, quelques jours plus tard, la Pâque juive. Il s’agissait d’une célébration à la mémoire de la libération des Hébreux de l’esclavage en Egypte ancien (au XVe-XIIIe siècle av. J. Chr.), raconté dans le livre biblique de l’Exode. Jésus a souhaité aussi s’y rendre. Il a demandé à ses disciples de lui trouver un ânon, pour ne pas entrer dans la ville à pied, mais en imitant l’entrée triomphale d’un roi. C’était quand même une monture modeste, mais conformément aux prophéties qui annonçaient un caractère humble d’un règne qui n’avait pas d’aspects politiques, mais spirituels. Pourtant, la foule de Jérusalem l’a accueilli selon le protocole d’un roi, en déposant des vêtements et des palmes sur son chemin et en l’acclamant en chantant « Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël » (Jean 12:13). L’Eglise a nommé ce jour « le dimanche des Rameaux » en raison des branches utilisées pour l’événement. Malgré ce triomphe, Jésus allait être crucifié cinq jours plus tard. C’est pourquoi le dimanche des Rameaux marque l’entrée de l’Eglise dans la semaine de la passion du Christ.
Du quatrième siècle à nos jours
Mais comment cette fête a-t-elle été célébrée au fil du temps ? Pour comprendre son parcours, il faut remonter au IVe siècle, à Jérusalem. Grâce au récit de voyage d’une pèlerine nommée Egérie, nous savons qu’en l’an 380, les chrétiens de Jérusalem commémoraient déjà cet événement de manière très concrète. Le dimanche après-midi, les fidèles se rassemblaient sur le mont des Oliviers. Après avoir lu l’Evangile, tous, enfants compris, descendaient vers la ville en portant des branches de palmiers ou d’oliviers et en chantant des hymnes. C’était une véritable reconstitution historique sur les lieux mêmes de l’action. Voici ce qu’Egérie a écrit dans son journal de voyage :
« Quand la onzième heure commence, on lit ce passage de l’évangile où des enfants, avec des rameaux et des palmes, vinrent à la rencontre du Seigneur en disant: « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Aussitôt après, l’évêque se lève ainsi que tout le peuple, puis, du sommet du mont des Oliviers, on fait tous le chemin à pied. Tout le peuple va devant l’évêque, avec des hymnes et des anthems, en répondant toujours : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !» 3. Et tous les enfants du pays, jusqu’à ceux qui ne peuvent pas marcher parce qu’ils sont trop jeunes et que leurs parents portent sur leurs épaules, tous tiennent des rameaux, qui de palmier, qui d’olivier; et ainsi on escorte l’évêque de la même manière qu’a été escorté alors le Seigneur. 4. Du sommet de la montagne jusqu’à la ville, puis à travers toute la ville jusqu’à l’Anastasis, tous font le chemin à pied, même les femmes, même les notables, et ils escortent l’évêque en disant le répons ; et ainsi lentement, lentement, pour que le peuple ne se fatigue pas, on arrive à l’Anastasis alors que c’est déjà le soir. Lorsqu’on y est arrivé, bien qu’il soit tard, on fait le lucernaire, on fait encore une prière à la Croix et on congédie le peuple. » (Egérie, Journal de Voyage (Itinéraire), 31 ed. et trans. Pierre Maraval, Paris, Les Editions Du Cerf, p. 277-291)
Ce n’est qu’entre le VIe et le VIIIe siècle que cette coutume s’est répandue en Europe Occidentale. Et pourtant, le climat de l’Europe ne permet pas de trouver des palmiers partout. C’est pourquoi, l’on a commencé à utiliser des substituts locaux : par exemple, en France on utilise du buis, en Grande-Bretagne on utilise de l’if, tandis qu’en Roumanie, tout comme dans les pays d’Europe de l’Est, on utilise des branches de saule.
Au Moyen Age, la célébration est devenue plus solennelle. L’on introduit la cérémonie de la bénédiction des rameaux à la fin de la liturgie. Ces branches n’étaient plus seulement des accessoires de procession, mais sont devenues des objets sacrés que l’on apportait chez soi pour protéger le foyer. Au fil du temps, la liturgie s’est stabilisée, mêlant la joie de l’accueil du Christ (« Hosanna ») et la lecture biblique de la Passion du Christ, c’est-à-dire de sa souffrance avant d’être crucifié.
Traditions et coutumes en Roumanie
De nos jours, en Roumanie, pour marquer la fête, les chrétiens apportent des branches de saule à l’église pour qu’elles soient bénies à la fin de la messe et distribuées ensuite aux fidèles. Ceux-ci les placent aux icônes, aux portes ou bien sur les champs. Comme c’est encore un jour de joie, l’Eglise a permis la consommation du poisson, exceptionnellement, car on se retrouve toujours en période de Carême, lorsqu’il est interdit de manger viande, œufs, laitages et autres dérivés. En Roumanie, le nom de la célébration du dimanche des Rameaux est « Florii », nom étroitement lié aux fleurs et à la renaissance de la nature. C’est une journée particulièrement festive puisque tous ceux qui sont appelés d’après des fleurs, tels Florin, Florentina, Viorel, Viorica, Violeta, Lăcărămioara, Margareta, Camelia, Crina, fêtent leur prénom.