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Le site archéologique de Nufăru

Le site archéologique de Nufăru, dans le département de Tulcea (est), représente l'un des plus importants établissements médiévaux et byzantins aux bouches du Danube.

Axiopolis
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, 28.06.2026, 09:21

Son histoire remonte à l’Antiquité, et les spécialistes l’identifient à l’ancienne forteresse de Proslavița. Situé sur la rive droite du bras Sfântul Gheorghe du delta du Danube, le site conserve des traces d’une occupation continue et d’un important centre commercial et militaire actif du Xe au XIVe  siècle. Les fouilles archéologiques menées systématiquement depuis 1978 ont mis au jour des murs d’enceinte, des habitations, des ateliers d’artisans et une vaste nécropole médiévale et médio-byzantine, ainsi que des cimetières plus récents des XVIIIe et XIXe siècles. L’archéologue Mihai Vasile, du Musée national d’histoire de Roumanie (MNIR), nous offre un bref aperçu des époques que recèlent les ruines de Nufăru :

« Le site se situe au nord de la province historique de Dobroudja, à 104 km de distance de l’embouchure du Danube dans la mer Noire et à 12 km de l’actuelle ville de Tulcea. Il se dresse sur un promontoire élevé, sur la rive du bras de Sfântu Gheorghe. L’on observe à Nufăru une superposition de civilisations, mais pas nécessairement une succession linéaire, comme à Troie (où l’on distingue 11 ou 12 niveaux, de la Troie ancienne à la Troie plus récente). Grâce à un environnement favorable à l’habitation, avec ses rives irriguées par les crues du Danube, la région, offrait des conditions de vie confortables, déjà présentes au Néolithique. Le village proprement dit commence à apparaître vers le IIIe siècle av. J.-C. Avant J.-C. Durant la civilisation géto-dace, la région s’est développée au fil de l’histoire. A l’époque romaine, du IIIe au IVe siècle, l’on retrouve une occupation du site, où, sur le promontoire dominant le Danube, subsistent aujourd’hui encore les fondations d’une tour de surveillance. A l’aube du IIe millénaire après J.-C., après l’an 970, se dresse la forteresse byzantine de Nufăru, garnison militaire servant de poste frontière. De nos jours, ce village porte le nom de Nufăru. Le nom historique de Proslavița-Bruscavița provient de l’interprétation de portulans génois du XIVe siècle et d’actes notariaux. Ces documents mentionnent que des transactions aux céréales en monnaie étaient effectuées tantôt à Bruscavița, tantôt à Proslavița. Au moins c’est ce que les Génois du XIVe siècle ont conservé en mémoire. La chronologie du site remonte à 971 jusqu’au milieu du XIIIe siècle, en 1241, après la grande invasion mongole. »

 

Un monde byzantin animé

Situé dans une zone stratégique de la Dobroudja danubienne, Nufăru a été pendant des siècles un point névralgique de la défense et du contrôle des routes commerciales entre Byzance, l’espace pontique et le Bas-Danube. Sous les strates de terre subsiste la mémoire d’un monde médiéval animé par des marchands, des soldats et diverses communautés vivant à la frontière entre l’Orient et l’Occident. Le site archéologique présente une particularité : il se situe sous l’actuelle agglomération de Nufăru, comme le détaille l’archéologue Mihai Vasile.

« C’est la particularité du site. Récemment, les rues du village ont reçu des noms. On peut les parcourir, mais sans observer les vestiges, car la forteresse mentionnée par les intellectuels du début du XXe siècle faisait partie dans leurs mémoires, de structures en maçonnerie en élévation dans l’actuel village de Nufăru. Les ruines de la forteresse byzantine servaient de carrière vivante aux populations nouvellement arrivées et colonisées par l’Etat roumain dans le nord de la Dobroudja, qui avaient besoin de pierres pour construire leurs maisons et annexes. On peut encore voir les fondations de clôtures en pierres sèches avec des pierres taillées, provenant des murs de la forteresse. Ainsi, au cours de 150 à 170 ans, tout ce qui se trouvait en élévation dans la forteresse byzantine s’est retrouvé sous terre, dans l’actuel village de Nufăru. Il ne reste que très peu de choses visibles. La forteresse byzantine de Nufăru, à Proslavița, d’après mes mesures, couvre une superficie de 9 hectares. Le site est actuellement recouvert par le centre de l’agglomération moderne de Nufăru. Le gisement archéologique est très important. Au Moyen Âge, on trouve des superpositions d’habitations de 2 à 5 mètres de hauteur. Pendant près de 300 ans, durant la période médio-byzantine, les habitations ont été démolies et reconstruites les unes sur les autres.»

 

Les découvertes funéraires et les vestiges architecturaux retracent l’histoire d’une cité-forteresse qui a connu des périodes de prospérité, de destruction et de reconstructions successives, reflétant les grandes transformations historiques de la région. Aujourd’hui, le site de Nufăru offre un témoignage précieux de l’évolution urbaine et défensive de l’espace byzantin sur le Danube.

« De nombreuses découvertes méritent d’être mentionnées. Certains objets sont importants aussi, mais il y a surtout des situations qu’il convient d’évoquer. La forteresse byzantine a été construite après la campagne de l’empereur Jean Tzimiskès (969-976 note de la rédaction) en 971. Suite à cette campagne, la Dobroudja devint une province byzantine appelée Paristionn ou Paradunavon. Tzimiskès renforça les anciennes forteresses romaines et en a construit de nouvelles. La dernière était celle de Nufăru, bâtie entièrement par l’empereur Tzimiskès. Elle a été construite à zéro, mais il semble qu’avant l’arrivée des Byzantins, au Xᵉ siècle, la vie y était intense. »

 

Actuellement, le site archéologique de Nufăru continue de fournir aux chercheurs des informations essentielles sur l’histoire de la Dobroudja médiévale et sur les liens entre le monde byzantin et la région du Danube. Chaque campagne archéologique apporte de nouvelles découvertes qui complètent le tableau d’une agglomération située au carrefour des routes commerciales et culturelles depuis des siècles.

 

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