Une solitude en hausse chez les personnes âgées
En Roumanie, plus de la moitié des personnes âgées vivant en ville se sentent seules
Ion Puican, 21.01.2026, 10:20
L’association « Niciodată Singur », en français « Jamais seul », a réalisé en août 2025 une étude qui révèle une crise profonde de la solitude chez les personnes âgées vivant en milieu urbain en Roumanie, crise accentuée par les changements démographiques et les facteurs socio-économiques. En effet, plus de 3 seniors sur 5 déclarent se sentir seuls, une réalité qui a un impact direct sur leur santé et leur espérance de vie. L’Institut national de statistique confirme ce constat. Leurs données révèlent que plus de la moitié des personnes âgées vivant en milieu urbain sont confrontées à la solitude. 310 000 d’entre elles déclarent se sentir très seules, et une sur quatre ne parle qu’à une seule personne au maximum par mois. Une sur cinq est confrontée à des difficultés physiques ou psychologiques majeures, et un tiers ne bénéficie que de très peu de soutien de la part de son entourage. Toujours selon l’Institut national de statistique, 286 000 seniors vivant en ville passent les fêtes de fin d’année seuls. Il existe toutefois des signes encourageants : 60 % des seniors se déclarent ouverts à participer à des programmes de socialisation, et ceux qui utilisent des plateformes numériques telles que WhatsApp (86 %), Facebook (78 %) ou YouTube (63 %) affirment se sentir moins seuls.
Le directeur de l’association « Jamais seul », Valentin Georgescu rappelle l’amer constat qui ressort des données de l’Institut national de statistiques.
« Trois personnes âgées sur cinq vivant dans les villes roumaines souffrent de solitude, et une sur sept en souffre gravement. Une sur quatre parle à une seule personne par mois au maximum, et un tiers ne bénéficie d’aucun soutien pratique ou moral. Au niveau national, 300 000 personnes âgées sont seules pendant les fêtes. La solitude conduit inévitablement à la dépression. Nous savons clairement qu’elle entraîne également une détérioration de la santé physique et, en tant que conséquence sociale, je ne trouve pas normal d’oublier ceux qui nous ont élevés et de ne pas leur offrir la vieillesse qu’ils méritent. »
Les dernières données statistiques dressent un tableau de plus en plus préoccupant. Au 1er janvier 2025, la population résidente de la Roumanie était d’environ 19 millions d’habitants, et la proportion de personnes âgées de plus de 65 ans atteignait les 20,3 %, soit une augmentation de 0,3% par rapport à l’année précédente. L’indice de vieillissement démographique a atteint 132,4 personnes âgées pour 100 jeunes, accentuant la pression sur les systèmes sociaux.
Une population précaire
En novembre 2025, on comptait environ 4,7 millions de retraités, et la pension moyenne pour les personnes ayant atteint l’âge limite était de 3 107 lei soit environ 600 euros mensuels. D’un point de vue économique, les personnes âgées restent les plus exposées au risque de pauvreté : 32,9 % des personnes de plus de 65 ans sont confrontées à une privation matérielle sévère. Il s’agit du deuxième taux le plus élevé de l’UE. Dans ce contexte, 2,2 millions de retraités dont la pension est inférieure à 2 740 lei, environ 540 euros, recevront une aide pouvant atteindre 800 lei en 2026. Cependant la suppression de l’indexation des pensions de 7 % en janvier 2026 va accentuer les pertes financières.
La Roumanie occupe également la dernière place de l’Union européenne en termes d’espérance de vie en bonne santé après 65 ans, avec moins de 4 ans. Parmi les principales préoccupations des seniors figurent le risque de cancer (53 %) et le stress (38 %). Au niveau national, il existe environ 800 centres et services sociaux pour les personnes âgées, concentrés principalement dans les zones urbaines, tandis que les zones rurales restent peu couvertes, avec seulement 1,86 centre pour 100 000 habitants. Dans ce contexte, des ONG viennent supplémenter les pouvoirs publics. L’association « Jamais seul » soutient plus de 600 seniors grâce à des centres de socialisation et des bénévoles, dans neuf villes.
Une situation multifactorielle
La solitude des personnes âgées est principalement due à des problèmes de santé, à l’éloignement de la famille, à la perte du partenaire de vie et au manque de soutien social, facteurs qui peuvent conduire à un isolement sévère pour un senior sur sept en milieu urbain. La perte du partenaire, souvent associée à la dépression, ainsi que la retraite et la disparition des relations professionnelles, contribuent à un état d’isolement permanent ressenti par 32 % des personnes âgées.
En milieu urbain, une personne âgée sur cinq est confrontée à des difficultés physiques ou psychologiques majeures qui limitent sa mobilité et ses possibilités de socialisation. Pour 28 % des seniors, les problèmes de santé réduisent leurs contacts mensuels à quatre personnes au maximum. Près d’un tiers des personnes âgées n’ont pas leurs enfants à proximité et 8 % n’ont pas d’enfants du tout. Dans les zones rurales, les situations peuvent être plus dures encore. La solitude devient ainsi un problème structurel, et non plus seulement individuel.
La famille reste le principal soutien, mais pour beaucoup, elle fait défaut. Bien que l’État offre des services tels que les soins à domicile et plus de 1 700 centres résidentiels agréés, la collaboration avec le secteur privé et les ONG est essentielle pour répondre réellement aux besoins des personnes âgées.
L’espoir au bout du couloir
La solitude des personnes âgées en Roumanie est une crise sociale souvent invisible. Cependant, les données montrent également un réel potentiel de changement : le fait que 6 seniors sur 10 soient ouverts aux programmes de socialisation démontre que l’isolement n’est pas une situation définitive, mais qu’il peut être prévenu et réduit.
Des initiatives telles que celles de l’association « Jamais seul », les centres sociaux, le bénévolat et l’utilisation des technologies montrent qu’il existe des solutions efficaces. Lorsque l’État, les ONG, les communautés et le secteur privé collaborent, la solitude peut être transformée en inclusion. Il ne s’agit pas seulement d’un soutien social, mais d’un véritable investissement dans la qualité et l’espérance de vie des personnes âgées en Roumanie.