Un salaire, oui, mais pas à n’importe quel prix
Les Roumains veulent que leur travail ait un sens, une nouvelle tendance 2025
Ion Puican, 18.03.2026, 10:21
Une récente étude intitulée « Index du bien-être des employés », réalisée par RoCoach et Novel Research, révèle un changement intéressant dans la façon dont les gens perçoivent le travail. Pour la première fois, le sens et les résultats du travail sont devenus la principale source de motivation pour les employés. Près de 27,5 % des personnes interrogées déclarent être motivées par le fait que ce qu’elles font a de la valeur et produit des résultats, dépassant ainsi l’importance du salaire et des avantages matériels, catégorie qui occupe la deuxième place avec environ 19,3 %. Le rapport montre que la stabilité et l’autonomie sont également des facteurs importants pour les employés. D’autre part, les principales sources de démotivation ne sont pas nécessairement liées à la charge de travail ou à la technologie, mais surtout à la relation entre l’employé et l’organisation. Le manque de reconnaissance, le manque de clarté dans les décisions ou les conflits internes affectent fortement le bien-être des employés. Marian Marcu, de Novel Research, élargit toutefois la perspective.
« La première chose que je tiens à dire concerne le contexte. Aucune entreprise n’existe dans une bulle, et les employés ne vivent pas non plus dans le vide. Ils vivent en Roumanie en 2026. Quand une personne arrive au bureau le lundi matin, elle ne laisse pas derrière elle tout ce qui s’est passé pendant le week-end. Dans nos analyses, l’instabilité de l’emploi est apparue comme l’un des quatre principaux facteurs qui épuisent les gens, au même titre que la charge de travail trop importante et la pression des délais. L’une des choses les plus évidentes que l’étude nous a montrées est sans doute que les gens sont extrêmement sensibles à l’équité… Et d’où vient la frustration ? Évidemment, elle n’apparaît pas de nulle part. Elle est alimentée jour après jour par ce que nous voyons dans l’espace public… Le logement, la santé, la prévisibilité des revenus, tout cela devrait relever de la responsabilité des politiques publiques. Lorsqu’elles ne sont pas assurées, la pression retombe sur l’employeur, puis directement sur l’employé. Et ma conclusion est simple : le bien-être au travail ne se résout pas uniquement au sein de l’organisation, mais se construit dans la société. »
La menace du burn out à vaste échelle
Mihai Stănescu, de RoCoach, alerte sur le fait que d’apparents bons résulatts ne doivent pas nous leurer sur la tendance de fond qui traverse le monde du travail.
« Imaginez une voiture qui roule à bonne allure sur l’autoroute, mais dont le moteur est déjà en surchauffe. La voiture roule, mais si vous jetez un œil de temps à autre à la température, vous savez qu’une panne finira inévitablement par survenir. C’est à peu près ce que montre l’indice de bien-être des employés roumains que nous avons élaboré depuis l’année dernière. Le système semble fonctionner. Les employés travaillent, les entreprises livrent, les résultats sont là. Mais juste sous la surface, il y a une très grande tension. Le score global est d’environ 70 sur 100, ce qui signifie tout simplement un équilibre fragile. Environ un employé sur quatre se trouve en zone de risque de burn-out. Cela ne signifie pas que les gens ne veulent plus travailler, bien au contraire. Cela signifie que beaucoup vont de l’avant avec responsabilité et beaucoup d’efforts, mais parfois sans avoir suffisamment d’énergie émotionnelle pour les soutenir. »
L’étude montre qu’un salarié roumain sur quatre était menacé d’épuissement professionnel en 2025. Les causes les plus fréquentes à l’origine de ce phénomene sont la charge de travail trop importante (23,3 %), la pression constante des délais (19,6 %) et le manque d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée (16,4 %).
Des attentes relationnelles…
Quelles sont les attentes et les exigences des salariés roumains vis-à-vis du système et des employeurs ? Mihai Stănescu fait le point :
« Ce qui m’a beaucoup surpris, c’est le pragmatisme avec lequel les gens définissent le bien-être au travail. Je ne parle pas de choses spectaculaires ni d’avantages exotiques ou hors du commun. Je parle de choses extrêmement simples : la clarté, des règles justes, l’autonomie et le respect. De nombreux employés disent en fait la même chose, à savoir que ce n’est pas nécessairement le travail ou la charge de travail qui pose problème. En Roumanie, les gens sont habitués à l’effort. Le problème survient lorsque les règles ne sont pas claires, lorsque les priorités changent du jour au lendemain ou lorsqu’on a l’impression de ne pas savoir où on va. C’est plutôt la bonne nouvelle de cette étude : les gens ne demandent pas de miracles. Ils demandent en réalité des choses très simple : des règles claires, des décisions cohérentes et de l’écoute, c’est-à-dire des reponsables à l’écoute. Lorsque les gens ont le sentiment que le système n’est pas équitable ou que leur voix ne compte pas, alors la relation commence à mal tourner. »
…et du sens
Les employés recherchent un travail qui ait un sens, et pas seulement des avantages financiers. C’est ce que rappelle Mihai Stănescu.
« Les données de l’indice montrent que de plus en plus de salariés affirment que le sens de leur travail et les résultats qu’ils constatent les motivent davantage que leur salaire. Le salaire reste bien sûr important, mais les gens commencent à se poser une question très, je ne sais pas comment dire, tres humaine : pourquoi est-ce que je déploie autant d’efforts ? … Les Roumains veulent avoir le sentiment que leur travail produit quelque chose de concret, qu’il aide quelqu’un, qu’il aide un client, qu’il développe un produit, qu’il laisse une trace derrière lui. Et je pense que c’est là que l’on voit un signe de maturation du marché du travail. »
Mihai Stănescu, de RoCoach, poursuit sur les causes de l’érosion de la motivation au travail.
« Voici en quoi consiste le problème de la démotivation : dans de nombreuses organisations, celle-ci ne provient pas nécessairement de la charge de travail, de la quantité d’efforts fournis. Nous avons plutôt constaté qu’elle découle de trois facteurs très clairs : le manque de reconnaissance, le manque de clarté et, par conséquent, les conflits internes. »
Les conclusions de l’indice du bien-être des salariés roumains à la fin de l’année 2025 montrent que, pour un nombre croissant de Roumains, le travail n’est plus seulement une source de revenus, mais doit avoir un sens, être valorisé et s’inscrire dans un équilibre sain avec la vie privée. Un besoin qui malheureusement se heurte encore à la politique productiviste des entreprises capitalistes, qui cherchent à rester compétitive, souvent au détriment de la santé mentale de leurs employés.