Une affaire profitable.
Il y a plus de deux décennies, la Roumanie figurait parmi les principaux pays producteurs de noix d'Europe, avec une production annuelle de plus de 40 mille tonnes. Soulignons qu'avant le début du 20e siècle, le noyer formait des forêts et des plantations étendues dans la majorité des départements du pays. Peu à peu, la demande de bois de noyer, mais aussi l'aménagement et la réorganisation du territoire déterminée par la collectivisation de l'agriculture durant le communisme ont eu pour résultat la coupe de vastes plantations de noyers.
A présent, de plus en plus d'investisseurs sont intéressés à refaire les vergers de noyers, qui, outre leur importance économique, servent également à arrêter les glissements de terrain. Plantés sur les versants des collines, les noyers développent des racines qui jouent un rôle similaire à celui de l'armature du béton armé. Un versant couvert de noyers a la même efficacité qu'une digue de 7 mètres cubes de béton, affirment les spécialistes. La culture du noyer est très intéressante actuellement puisque l'investissement est plutôt réduit alors que le profit est considérable. L'investissement est entièrement amorti au bout de seulement deux années de récoltes.
Ovidiu Lazăr, du comté de Vrancea, a créé il y a quelques années une plantation de noyers. Il a choisi ce genre de culture en raison de l'importante demande présente sur le marché, notamment dans les pays du Proche Orient. Un autre argument en faveur d'une telle plantation a été la possibilité de laisser l'affaire en héritage à ses enfants puisque la vie d'une plantation de noyers est de 50 à 60 ans.
Ovidiu Lazăr : « Lorsque j'ai commencé cette activité il y a 7 ans, j'ai suivi l'exemple de mon beau-père qui grâce à quatre vieux noyers gagnait 1500 lei par an, soit environ 350 euros au taux de change d'aujourd'hui. Je me suis dit que c'était vraiment une affaire profitable parce que les noix ne sont pas périssables et se vendent très bien. J'ai acheté un terrain et j'ai planté des noyers sur six hectares. Les plants que j'ai choisis sont des espèces françaises, plus productives que les autochtones. Ces noyers commencent à produire rapidement et leur rendement est supérieur aux autres variétés. L'investissement se chiffre à environ 2500 euros par hectare et on cultive environ 200 arbres par hectare. Mais si on ajoute aussi d'autres investissements dans la préparation du terrain, la construction d'un enclos, la mise en place d'un système d'irrigations, les dépenses s'élèvent à 5 mille euros par hectare. Mais sachez que ce n'est pas une affaire qui soit rentable tout de suite. Les premières récoltes arrivent après 4 à 5 ans, et le rendement maximum est prévu 8 ou 9 ans plus tard. »
Ovidiu Lazăr est également le président de l'Association des cultivateurs de noyers de Roumanie, mais aussi le représentant d'une pépinière française en Roumanie qui produit une dizaine de variétés performantes de noyers, parfaitement adaptées aux conditions climatiques de chez nous.
Evidemment, la demande de ce genre d'arbres est croissante, affirme Ovidiu Lazar : « S'il y a 5 ans, nous vendions quelques centaines de plants, à l'heure actuelle, nous ne pouvons pas couvrir la demande. Cette année, nous sommes confrontés à un déficit de 5 mille plants. Donc il s'agit d'une affaire qui a commencé à se développer parce que les gens ont compris le potentiel de cet arbre. Si on commercialise les noix entières, on peut toucher entre 10 et 15 mille euros par hectare. Si on choisit de vendre les cerneaux de noix, un hectare rapporte quelque 20 à 25 mille euros. Si on choisit aussi de transformer les cerneaux en chocolat aux noix ou en huile de noix, on peut même arriver à 30 mille euros par hectare. Sachez aussi que les noyers produisent des récoltes chaque année sans aucun investissement supplémentaire. »
Les représentants de l'Association des cultivateurs de noyers de Roumanie ont planté 3000 hectares de terrain. Au niveau national, les noyeraies couvrent des superficies de plus en plus étendues, il est donc possible que la Roumanie devienne un important fournisseur en Europe et non seulement. Pour le moment, les cultivateurs de noix choisissent notamment les espèces françaises en raison de leur qualité supérieure.
Ovidiu Lazar : « A la différence du noyer commun, le noyer français a une fructification sur brindille latérale, c'est-à-dire tout au long de la branche. Un noyer commun produit environ 2 tonnes et demi de noix par hectare alors que celui français entre 4 et 5 tonnes. Par exemple, la variété Lara peut produire jusqu'à 8 tonnes de noix par hectare, donc le triple par rapport au noyer commun. Ces arbres peuvent être plantés sur uniquement 7% de la superficie de la terre. En Roumanie, les noyers peuvent vivre sur presque tout le territoire du pays puisque nos terrains et notre climat sont très propices à la nuciculture. Afin de couvrir la demande du marché interne et externe, la Roumanie aurait besoin de quelques 100, voire 200 mille hectares de vergers de noyers, donc il y a de la place pour de nouveaux investissements dans ce secteur. »
Les noix sont vendues tant sur le marché intérieur, aux différents confiseurs, pâtissiers et boulangers, qu'à l'exportation à travers l'Europe, mais aussi sur le marché du Proche Orient. Pour une production de six tonnes de noix par hectare, un seul kilo est vendu à l'étranger pour des prix allant de 10 à 12 euros, alors que le reste est commercialisé sur le marche autochtone à des prix allant de 4 à 5 euros. Les étrangers produisent notamment de l'huile de noix, utilisée ensuite dans l'industrie pharmaceutique et cosmétique. Ce qui plus est, le bois de noyer est très apprécié par les ébénistes qui l'utilisent pour réaliser des meubles de luxe.
Ce genre d'affaire peut s'avérer pourtant un investissement fait par les parents pour leurs enfants et même petits-enfants puisque pour pouvoir exploiter le bois de noyer, il faut attendre entre 25 et 30 ans. Dans le cas du noyer noir, il faut patienter entre 60 et 70 ans avant de pouvoir exploiter le bois. Sachez qu'un mètre cube de bois de noyer se vend actuellement à 1500 euros. Le bois de noyer est utilisé non seulement dans la fabrication des meubles de luxe, mais aussi dans l'industrie automobile pour décorer les tableaux de bord des limousines de prestige, dans l'industrie des instruments de musique et dans la fabrication des parquets haut de gamme. Les feuilles de noyer sont également utilisées dans la production des peintures et dans l'industrie cosmétique et pharmaceutique.
Sachez que ceux qui souhaitent devenir cultivateurs de noyers disposent aussi de fonds européens. Le programme de reconversion de la pomiculture 2014 - 2020 propose des financements pour les cultures de noyers. Les fermes de petites dimensions qui envisagent de vendre directement leur récolte recevront plus facilement de l'argent européen. Les associations de producteurs seront également encouragées par le biais du nouveau Programme national de développement rural qui dispose d'un budget de pas moins de 200 millions d'euros destinés notamment à faire augmenter le degré d'association des fermiers roumains. (Trad. Alex Diaconescu)